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samedi 16 juillet 2022

EXTINCTION D'UNE ÉTOILE

Les films parlants sont des inventions bien intéressantes,

mais je ne crois pas qu’elles resteront bien longtemps à la mode. 

(Louis LUMIÈRE en 1928)

*

Moi, je m’appelle Regardez-moi.

Regardez-moi : je suis un miroir mural. Quand vous vous regardez en moi, votre reflet vous revient à trois cent mille kilomètres par seconde. Pas étonnant que ça fasse mal ! Vous n'avez pas le temps d'esquiver. Vous n'avez même pas le temps de penser à esquiver. Ce qui explique peut-être ce qui va suivre.


lundi 22 août 2016

#RaysDay 2016 : CE QUE NOUS FAISONS EST SECRET

Nous sombrerons dans le sommeil
à six heures, ding, dong,
très loin, très loin,
adieu, adieu, adieu.
The STOOGES, We will fall

Quelque part entre l’invention de la cassette et celle du compact-disc, en Californie

Le jeune homme, un peu gauche, au port d’épaules timidement démenti par son rictus canaille, écarta le rideau de perles et s’arrêta sur le seuil ; hésitait-il à le franchir ? La pénombre empêchait de voir si son expression était complexe ou simplement effrayée.

vendredi 21 août 2015

Histoires d'amours interminables

à Sarah-Lane
*


Je sais que vous allez avoir un choc, M. Goldwyn, mais depuis l'aube de l'humanité (ce qui comprend des milliards et des milliards de gens), pas une seule histoire ne s'est bien terminée.
Dorothy PARKER






1

Los Angeles, dimanche 1er novembre 1936

Ma chère Dottie,
je t'écris en désespoir de cause, car je sais que seuls ton talent, ton esprit et ton expérience peuvent me sauver ; ainsi que tes contacts et.. que sais-je encore ?
Oh, mon dieu ! Voilà que je me comporte comme la dernière des petites arrivistes écervelées. Mais j'ai de bonnes raisons ; figure-toi que l'un de nos rêves communs est à portée de main.
Je m'explique : hier soir, à la fête chez Busby Berkeley (peu après ton départ en doulce avec Je-ne-sais-déjà-plus-son-nom-et-je-ne-crois-pas-que-ça-me-reviendra), j'ai rencontré.. W. Horace Schmidlapp ! Mais si, voyons, ce jeune producteur de Broadway. Il est ici en villégiature, dans un but secret qu'il a fini par me confier, je vais te raconter comment.
Car nous avons longuement discuté, M. Schmidlapp et moi, et il m'a donné rendez-vous le lendemain matin (ce matin !) à son hôtel, et je me suis dit, Lillian, ma fille, ça va faire comme d'habitude : ce type va te promettre la lune, et une fois au pied de l'escabeau, il n'y aura plus personne : Prenez ce paquet de promesses parfumées et au revoir, madame !
Si je t'en avais parlé auparavant, tu m'aurais dit de ne surtout pas y aller ; sauf si je voulais m'offrir une partie de galipettes, bien sûr (mais tu sais que tout va bien sur ce plan-là, avec Dashiell). De fait, ça s'est passé très vite et je n'ai pas eu le temps de réfléchir. Quoi qu'il en soit, il n'y avait rien à craindre. Au petit matin (11 heures !), le monsieur était ravi de me voir, il se souvenait de mon petit nom (Lillian !!), il se rappelait que je cherchais à réaliser un film, et même que je voulais faire un film "de femme, pour les femmes, à propos des femmes" (Sans voix !!!)
Il m'a donc "révélé" que son ambition réelle était de devenir producteur de cinéma, qu'il était là pour "prospecter et sentir l'ambiance", que son premier succès à Broadway lui avait rapporté "assez" d'argent, et m'a proposé d'emblée 10.000 $ de mise de fond, avec en prime l'un de ses futurs studios en guise de lieu de répétition secret.
Oui, pour le premier film hollywoodien sur la condition féminine !

J'ai mis toute la journée à m'en remettre.

Seulement voilà : tu connais le bon vieux principe de réalité ; à sept heures du soir, il (le principe, pas Schmidlapp - bon sang, quel nom impossible à taper sur une machine à écrire !) le principe de réalité, donc, est revenu au grand galop toquer à mon crâne, et me voilà au pied du mur. Le hic majeur, c'est que je n'ai qu'une semaine pour trouver le truc imparable qui convaincra ce cador des planches avant qu'il ne retourne à New York, où la vie trépidante l'absorbera de nouveau et lui flanquera des trous de mémoire. D'ailleurs, il m'a bien précisé qu'ensuite, il se consacrerait à d'autres choses ; il a une énorme comédie musicale en cours de production, etc.
(Ah, si seulement June Mathis n'était pas morte en 1927, on aurait pu s'adresser à elle ! Quoique, je me demande si elle nous aurait aidées, avec ses idées et ses goûts de luxe ; elle était plutôt du genre à miser sur Rudolph Valentino ou Sessue Hayakawa..) Je digresse ; en réalité, je suis trop contente.

Heureusement, il ne s'agit pas d'écrire tout un scénario en cinq jours ; seulement de trouver et rédiger le synopsis ébouriffant qui fera chanceler le (futur) chancelier des studios. On le développera ensuite. Le scénario, pas le chancelier ! (Ah, là, là ! Écrire sans brouillon, c'est comme faire la funambule fans filet. Flûte !)
Malheureusement, mon voyage à Paris - où les membres du Bureau de la Contemporary Historians, Inc. m'attendent pour soutenir The Spanish Earth - a été avancé d'une semaine, pour cause d'événements précipités en Espagne. Les Franquistes viennent de mettre le siège devant Madrid et les Républicains ont commencé à faire retraite sur Valence. C'est un coup dur pour eux. Bref, je pars demain matin à l'aube et ne serai donc absolument pas disponible pour écrire ce synopsis. Alors, j'espère que tu ne me détesteras pas, ma chérie, mais je te confie cette lourde responsabilité.
Fais-toi plaisir. Couche sur le papier l'une de ces idées formidables dont tu as le secret. Fais-en un chef-d'œuvre qui marquera notre époque de son empreinte létale.

Lillian Hellman

PS : je dois présenter le synopsis à Horace Schmaldipp (zut ! je ne retrouve toujours pas le "corrector") dimanche 7 novembre, à 10 heures du matin. Je serai rentrée de la veille, minuit, si tout va bien. Pourras-tu le faire déposer chez moi avant ? Je le lirai dans mon lit.
Tu seras un amour.

*
* *

2

Los Angeles, samedi 6 novembre 1936,
si tard qu'on est déjà dimanche
(on dirait un couplet de chanson, tu ne crois pas ?)

Ma "chère" Lillian,
Que ferais-je sans toi ? Moi qui avais prévu de m'ennuyer toute la semaine, en restant au chaud, chez moi, les pieds bien calés dans la chaufferette, les mains coincées dans un manchon, le nez dans un grog, et Je-ne-sais-plus-qui-moi-non-plus affairé sous la couette à faire ce qu'il sait faire de mieux (non, ce n'est pas du tricot).
Au lieu de quoi, grâce à ton initiative et à celle d'un ponte ambitieux (pardon pour le pléonasme), j'en suis réduite à taper sur ma machine à écrire et simultanément sur les parois de mon crâne pour en extraire (que dis-je ? en extruder) une IDÉE de film.
Si je t'aimais moins que mon chien, ma Lil' chèrie, je t'aurais envoyée paître sans autre forme de procès. Mais j'avoue que tu sais mieux que personne diriger mon principal outil de travail. Et heureusement que tu m'as fourni l'idée principale, sans quoi..
C'est vrai, il y a longtemps que je parle de ce projet de "film de femmes" sans m'y coller vraiment. Il faut dire que la chose présente bon nombre d'ambiguïtés qu'il faudrait avant tout gommer. Mon problème, c'est que j'essaie toujours de gommer avant d'avoir dessiné.

Trève de suspense, sache que je n'ai pas dormi depuis lundi (j'ai viré Je-ne-savais-même-plus-son-nom mercredi, en prétextant être tombée enceinte ; ce qui, pour quelqu'un qui a fait une fausse couche et une tentative de suicide dans les trois derniers mois, est particulièrement osé, tu le reconnaîtras ; Machin est parti tellement vite qu'il n'a enfilé ses chaussettes qu'une fois dans l'ascenseur !), j'ai fait passer à la trappe une demi-douzaine de mondanités assommantes auxquelles j'aurais assisté de mauvaise grâce (mais qui m'aurait valu autant d'inspirations pour des articles ravageurs ; tant pis, tant mieux, ploum-ploum-tralala) et j'ai planché, planché, planché comme une forçate.
Et voilà le résultat. J'ai fait fructifier ton idée, qui a fait office de graine luxuriante dans la jungle de mon cerveau (toujours plus fertile que mon utérus). Il te suffira de piocher. Il va sans dire que je me suis inspirée de ma vie et de quelques faits divers glanés dans les journaux de province ; je serais bien en peine de faire la différence, maintenant.

HISTOIRES D'AMOURS INTERMINABLES

(ou : Love à la French)

-film à sketches-


Situation de départ : une femme de 30 ans (actrice, danseuse ou chanteuse ; appelons-la Lily) rencontre un homme de 40 ans (romancier, journaliste ou librettiste d'opéra ; baptisons-le Henry) ; c'est le coup de foudre (immédiat, intense, déclaré, réciproque, bref : incroyable et beau) ; lui est libre mais elle est mariée (à M. Jaloux : Jim). En accessoire, on a aussi Kim, blondasse inutile (donc parfaite).
A partir de ce canevas ô combien classique (soupir !), j'ai tissé les trames suivantes, que je t'invite à développer à l'envi, selon ton fameux sens de l'improvisation, devant ton public composé de W. Horace Squidlamp (et sans doute de sa secrétaire-maîtresse-petite cousine).
Sans le faire exprès, je crois qu'elles se sont d'elles-mêmes plus ou moins classées par ordre croissant d'invraisemblance. A mon avis, la première couvre à elle seule 75 % des cas de figures, mais bon, je l'ai notée pour la forme.

*

1. Personne ne change rien et rien ne se passe.

2. Lily reste avec Jim mais prend Henry comme amant secret ; triangle isocèle classique.

3. Lily hésite à quitter Jim et finit par lui présenter Henry ; ils couchent tous les trois ensemble : triangle équilatéral moderne.

4. Lily quitte Jim avec ménagement puis se met avec Henry ; Jim déprime puis oublie Lily dans les bras de Kim.

5. Lily quitte Jim mais sans le dire à Henry ; un an plus tard, ils se croisent dans la rue ; elle ment à Henry, lui disant qu'elle est toujours avec Jim. Ils boivent un café, puis se quittent en promettant de se revoir ; ils mentent tous les deux.

6. Lily persuade Jim de la laisser partir pour vivre avec Henry ; contre toute attente, Jim accepte. Rien de grave n'arrive. Lily et Henry vivent ensemble pendant sept ans puis se quittent, bons amis.

7. Lily se soûle, couche avec Henry sous le nez de Jim, qui la largue après l'avoir frappée ; le lendemain, Henry, dégoûté, ne veut plus d'elle.

8a. Lily pousse Jim à bout, afin qu'il la largue ; une fois libre, elle rejoint Henry.
8b. Lily pousse Jim dans les bras de Kim, afin d'avoir un alibi pour le larguer ; une fois libre, elle rejoint Henry.
8c. Lily pousse lentement Jim à bout, afin qu'il la largue ; une fois libre, elle rejoint Henry. Mais entre-temps, Henry a épousé Kim.

9a. Henry fait une tentative de suicide ; effrayée, Lily s'accroche à Jim toute sa vie et devient une femme acariâtre.
9b. Henry fait une tentative de suicide ; effrayée, Lily quitte Jim et rentre dans les ordres.
9c. Henry fait une tentative de suicide ; effrayée, Lily quitte Jim et rentre dans les ordres. Rapidement, Jim se met avec Kim, avec qui il avait trompé Lily quelques fois.

10a. Lily avoue à Jim son amour pour Henry ; Jim, se sentant trahi, se tue ; Lily se met avec Henry, par peur de ce que celui-ci pourrait faire.
10b. Lily avoue à Jim son amour pour Henry ; Jim, se sentant trahi, tue Lily ; de douleur, Henry se suicide. Jim va en taule, bourrelé de remords.
10c. Lily avoue à Jim son amour pour Henry ; Jim, se sentant trahi, tue Lily, puis Henry ; Jim va en taule, sans le moindre remords.
10d. Lily avoue à Jim son amour pour Henry ; Jim, se sentant trahi, tue Lily, puis Henry ; puis il disparaît sans laisser de traces.
10e. Lily avoue à Jim son amour pour Henry ; Jim, se sentant trahi, tue Lily ; Henry tue alors Jim puis se constitue prisonnier.
10f. Lily avoue à Jim son amour pour Henry ; Jim, se sentant trahi, tue Lily ; Henry tue alors Jim puis se suicide.
10g. Lily avoue à Jim son amour pour Henry ; Jim, se sentant trahi, tue Lily ; Henry tente de tuer Jim mais rate son coup et Jim le tue.

11a. Henry, désespéré, tue Lily, puis se suicide. Jim se console dans les bras de Kim.
11b. Henry, désespéré, tue Jim, puis se suicide sous les yeux de Lily ; traumatisée, celle-ci finit sa vie dans un hôpital psychiatrique.
11c. Henry, désespéré, tue Jim mais Lily, horrifiée, ne veut plus le voir ; Henry se livre à la justice.
11d. Henry, par dépit, tue sauvagement Kim puis se jette dans l'Hudson River en sautant du ferry de Staten Island.

12a. Lily, oppressée par Jim, le tue accidentellement et rejoint Henry ; mais la police découvre tout. Lily passe cinq ans en prison ; à sa sortie, Henry l'attend.
12b. Lily, oppressée par Jim, le tue avec la complicité de Henry ; crime parfait. Ils vivent ensemble, heureux mais coupables. Ils n'ont jamais d'enfant.
12c. Lily, oppressée par Jim et Henry, les envoie balader et devient lesbienne (mais pas avec Kim).
12d. Lily, oppressée par Jim et Henry, les envoie balader et devient lesbienne (peut-être avec Kim) ; l'ayant appris, Jim et Henry se mettent ensemble.

13a. Lily tue Jim en faisant accuser Henry à sa place ; Henry va en taule ; quand il en sort, dix ans plus tard, Lily l'attend.
13b. Lily tue Henry en faisant accuser Jim à sa place ; Jim va en taule ; quand il en sort, vingt ans plus tard, personne ne l'attend.
13c. Lily organise son propre suicide puis disparaît sans laisser de traces.
13d. Lily, déprimée et opprimée par les conventions sociales, se tue ; Henry ne l'apprend jamais et croit qu'elle l'a simplement oubliée. Dix ans plus tard, il croise Jim dans la rue et lui demande des nouvelles de Lily ; Jim (qui a étranglé Kim la veille et cherche un moyen de se débarrasser de son corps) ne lui répond pas.

14a. Henry abandonne tout espoir de rencontrer l'âme-sœur et se met à coucher avec n'importe qui ; un soir où il organise une partouze chez lui, Lily, trempée par la pluie, débarque à l'improviste ; elle s'enfuit, écœurée.
14b. Henry abandonne tout espoir de rencontrer l'âme-sœur et se met à coucher avec n'importe qui ; un soir où il organise une partouze chez lui, Lily, les cheveux saupoudrés de neige, débarque à l'improviste ; elle s'incruste, faisant semblant d'être ravie.
14c. Henry abandonne tout espoir de rencontrer l'âme-sœur et se met à coucher avec n'importe qui ; un soir où il organise une partouze chez lui, Lily, en sueur, débarque à l'improviste ; elle s'incruste, ravie.

15a. Lily décide de tout plaquer, part vivre à l'étranger, sombre dans la déchéance, se prostitue ; un jour, elle couche avec Henry sans le reconnaître. Il s'en va sans rien dire.
15b. Lily décide de tout plaquer, part vivre à l'étranger, sombre dans la déchéance, se prostitue ; un jour, elle couche avec Henry, mais, au petit matin, l'appelle "Jim". Henry l'étrangle en pleurant.
15c. Lily décide de tout plaquer, part vivre à l'étranger, sombre dans la misère ; un jour, elle couche avec Jim, mais, au petit matin, l'appelle "Henry". Jim l'étrangle en grognant.

16a. Henry persuade Kim de séduire Jim pour qu'il trompe Lily ; à la suite de quoi, Lily largue Jim et tombe dans les bras de Henry.
16b. Henry persuade Kim de séduire Jim pour qu'il trompe Lily ; à la suite de quoi, Lily largue Jim et tombe dans les bras de Henry. Mais elle finit par découvrir la vérité et largue Henry avec pertes et fracas.
16c. Henry persuade Kim de séduire Jim pour qu'il trompe Lily ; à la suite de quoi, Lily largue Jim et décide de rester célibataire toute sa vie.
16d. Henry persuade Kim de séduire Jim pour qu'il trompe Lily ; à la suite de quoi, Lily largue Jim et tombe dans les bras de Henry. Elle finit par apprendre la vérité et se découvre un goût prononcé pour la perversité. Lily et Henry deviennent un fameux couple d'échangistes qui croquent dans toutes les pommes, même les plus pourries.

17a. En fait, Lily a inventé Jim pour dissuader Henry de la poursuivre. Celui-ci ne s'en rend jamais compte et finit par oublier Lily. Plus ou moins.
17b. En fait, Lily a inventé Jim pour dissuader Henry de la poursuivre. Celui-ci ne s'en rend jamais compte et finit par oublier Lily dans les bras de Kim.
17c. En fait, Lily a inventé Jim pour dissuader Henry de la poursuivre. Celui-ci finit par s'en rendre compte et, fou de douleur, il tue Lily puis se suicide.
17d. En fait, Lily a inventé Jim pour dissuader Henry de la poursuivre. Celui-ci finit par s'en rendre compte et, fou de douleur, il tue Lily puis épouse Kim sur un coup de tête, en faisant son esclave à vie.
17e. En fait, Lily a inventé Jim pour dissuader Henry de la poursuivre. Celui-ci finit par s'en rendre compte et, pour éviter de devenir fou de douleur, devient l'être le plus normal de la Terre.
17f. En fait, Lily a inventé Jim pour dissuader Henry de la poursuivre. Kim le lui apprend quarante ans plus tard, alors qu'il est à l'article de la mort. Il hausse les épaules et tourne la tête vers le mur.

18a. Henry, déprimé, rompt le contact avec Lily et renonce à elle. Dix ans plus tard, il reçoit un message d'une femme de 40 ans qui cherche à le revoir. Il ne reconnaît pas Lily et l'envoie paître.
18b. Henry, déprimé, rompt le contact avec Lily et renonce à elle. Dix ans plus tard, il reçoit un message d'une femme de 40 ans qui cherche à le revoir. Il se souvient parfaitement d'elle ; ils ont vieilli mais le sentiment est toujours là. Ils vivent tout le reste de leur vie ensemble et n'ont jamais d'enfant.
18c. Henry, déprimé, rompt le contact avec Lily et renonce à elle. Dix ans plus tard, il reçoit un message d'une femme de 40 ans qui cherche à le revoir. Il se souvient parfaitement d'elle ; ils ont vieilli mais le sentiment est toujours là. La première fois qu'ils font l'amour, Lily tombe enceinte.

*
Voilà, ma chère chérie, une bonne cinquantaine de scénarios potentiels. Je suppose qu'il y a des centaines d'autres intrigues possibles, mais ma cervelle est épuisée, ainsi que mes souvenirs. Je crois bien avoir écumé là l'entière vie sextimentale (oh ! une faute de frappe) de mes vingt dernières années. Et si j'en oublie, c'est que ça n'en valait pas la peine.
Bonne chance avec ton Horace Schwineclap (?) ; n'oublie pas de me tenir au courant, mais surtout pas avant lundi midi, au bas mot !
La vie étant affaire de choix, je dois maintenant soit faire l'amour soit subir douze heures de migraine. Y a-t-il quelqu'un dans mes placards ? Ohé ? Écho !

Je hais les dimanches.

Dorothy Parker

*
* *

3

Télégramme de Mlle Lillian Hellman à M. Dashiell Hammett, Los Angeles, USA
Chéri, catastrophe - ne peux rentrer à temps pour rendez-vous Schmidlapp - réunion ici repoussée lundi matin - supplie Dottie d'y aller à ma place - si elle rechigne, dis-lui qu'elle peut b***er avec si ça lui chante - dira pas non, à mon avis - je t'adore - Lil

*
* *

4

Télégramme de Dashiell Hammett à Lillian Hellman, Hôtel Georges V, Paris, France
Dorothy morte - barbituriques + veines ouvertes + gaz - trouvée par moi ce matin 9 h - reviens - Dash

vendredi 22 août 2014

SURSIS (nouvelle pour le Ray's Day)

(Photo : UKTV)

@ Laetita, vite ! Quelle histoire n'a pas encore été écrite ?
Voilà bien le genre de message qu'on n'a aucune envie de recevoir à 4 h 21, un dimanche soir, c'est-à-dire lundi matin. Surtout quand ledit message émane d'un écrivain dépressif dont le succès (relatif) appartient au passé. Que voulez-vous répondre à ça, franchement ? Dont acte :
@@ Que veux-tu que je réponde à ça, Max ? Soit elle a déjà été écrite, et tu plagies ; soit non, et ta réponse consiste à l'écrire.

mercredi 4 juin 2014

SOCRATE et l'esclave heureux

On a trouvé récemment la trace d'un dialogue socratique de Platon dont on avait jusqu'à présent ignoré l'existence; il s'agit seulement d'un compte rendu, non du dialogue lui-même, hélas; mais les érudits se feront une joie de le recomposer à leur guise. Nul doute que les plus éminents d'entre eux le considèreront comme apocryphe.



SOCRATE ET LE MYTHE DE L'ESCLAVE HEUREUX

Un riche marchand athénien invita un jour Socrate à venir dîner chez lui. Il tenait à lui présenter son intendant, un esclave qui se prétendait le plus heureux des hommes vivants sur la Terre. Le marchand mit Socrate au défi de prouver que cet esclave (qui s'appelait Euphornithos) n'était pas sincèrement heureux. Socrate n'accepta l'invitation qu'à une condition : il fallait que l'esclave en question ne fût point né esclave.
"Car si tel est le cas, dit-il, ma tâche serait aussi impossible que de faire comprendre les couleurs à un aveugle de naissance."

vendredi 17 janvier 2014

LA COULEUR D'UNE VENGEANCE (conte cinéphile)

La Couleur d'une Vengeance
Fucking Icons !
(in your dreams)



Je faisais des rêves. Des rêves invraisemblables. Oh, ils étaient stupides. Pourquoi ? Eh bien, il y avait Burt Reynolds. C'est bizarre mais c'est ainsi. Il ne m'a jamais fait grand-chose dans la vie ; en revanche, dans mes rêves... C'était toujours lui.
L'inondation, dans Les Monologues du Vagin, Eve ENSLER


*

Laura s'éveilla en sursaut deux secondes avant la sonnerie du réveille-matin.
Oh, non ! Non ! eut-elle le temps de gémir avant que le son strident ne retentisse.
Ses plaintes furent ensuite étouffées par les vociférations synthétiques de la Comptable-de-nuit.

jeudi 25 juillet 2013

Une soirée avec HOLMES & WATSON: sherwats n° 19, 20 et 21

SherWat N° 19 : Le venin de l'autre

Sherlock HOLMES: Watson! Suis blessé. Mordu par veuve noire. Ne dois pas bouger.
Docteur WATSON: Juste ciel! Ce n'est pas une de vos plaisanteries, j'espère? Où êtes-vous?
Sherlock HOLMES: Guichet des retraits, gare de Paddington. La bête était dans un colis.
Docteur WATSON: J'arrive le plus vite possible; je suis à deux pas. Quelle chance!
Sherlock HOLMES: Soyez prudent. Suis sûr qu'assassin toujours à proximité. Pour jouir de ma souffrance.
Docteur WATSON: J'ai une ampoule de sérum dans ma trousse. Mais cessez de vous agiter. Suis en route.

samedi 13 juillet 2013

Une soirée avec Holmes & Watson: les SHERWATS N° 16, 17 et 18

SherWat N° 16 : Dans la lueur des crocs

Docteur WATSON: Holmes, je me demandais si... Non, c'est idiot. Excusez-moi de vous avoir dérangé pour rien.
Sherlock HOLMES: Pas du tout, John. Je m'apprêtais à fumer une bonne pipe. Qu'est-ce qui vous taraude?
Docteur WATSON: Je ne sais pas trop, à vrai dire. Ce n'est qu'une intuition, peut-être même une bêtise...
Sherlock HOLMES: Vous n'êtes pas à l'école. Personne ne vous punira si vous proférez une bêtise. Nous la corrigerons.
Docteur WATSON: Bon. Alors, voilà: si je vous dis Dorian Gray, Dracula, Mr Hyde... A quoi pensez-vous?

vendredi 7 juin 2013

Une soirée avec Holmes & Watson: les Sherwat 13, 14 et 15


SherWat N° 13 : Coup de bol et pain béni

Docteur WATSON : Holmes, si vous êtes chez vous ou au restaurant, retournez votre pain, je vous en conjure.
Sherlock HOLMES : Docteur, qu'est-ce qui vous prend de me parler ainsi? Je ne mangerai pas de ce pain-là.
Docteur WATSON : Vous vous moquez de moi, c'est ça? Je sais que vous ne l'avez pas retourné. Avez-vous au moins vérifié?
Sherlock HOLMES : Mon pain est à sa place, sur la table, attendant que je le coupe en tranches idoines.
Docteur WATSON : Mais il est à l'envers, je parie. A cause de vous, je n'arrête pas de perdre.

samedi 18 mai 2013

Une soirée avec Holmes et Watson: les SHERWAT 11 & 12



SherWat N° 11
C'est ainsi que les Athéniens s'atténuèrent...



Docteur WATSON: Holmes, je n'ai pas réussi à vous joindre de toute la matinée. Où êtes-vous?
Sherlock HOLMES : Je m'entraînais à la lutte gréco-romaine. Qu'y a-t-il de si urgent?
Docteur WATSON: À la lutte? Je croyais que vous deviez superviser les athlètes britanniques aux premiers JO d'Athènes?
Sherlock HOLMES : Précisément. J'ai donc décidé de joindre l'utile à l'agréable.
Docteur WATSON: Mais vous ne pouvez sérieusement affronter des lutteurs professionnels. Ils vont vous écrabouiller.

jeudi 9 mai 2013

SherWat N° 10 : Vol de Zeppelin



Sherlock HOLMES: Watson, d'où vient le vent?
Docteur WATSON: Holmes, quel âge avez-vous donc? Je ne suis pas votre père, de toute façon.
Sherlock HOLMES: Qu'est-ce que vous racontez? Vous avez encore lu un livre du Dr Freud? Ma question est très sérieuse.
Docteur WATSON: Je ne suis pas le général Baden Powell, allons. Mouillez votre doigt et tendez-le en l'air.

mercredi 1 mai 2013

SHERWAT n° 9 : Le Morte da Victoriu


SherWat N° 9 : Le Morte da Victoriu

Photo: George Washington.

Docteur WATSON : Holmes! C'est affreux, je... Nous... Elle...
Sherlock HOLMES : Reprenez-vous, Watson. Déclinez tout le verbe, quel qu'il soit, au lieu de réciter vos pronoms.
Docteur WATSON : Victoria est morte.
Sherlock HOLMES : Qui donc? La reine du Royaume-"Uni"? La moman d'Edward? L'héritière de l'Empire auftro-mongrois?
Docteur WATSON : Euh... Mais bien sûr, enfin. De qui d'autre voudriez-vous que je parle?
Sherlock HOLMES : Je l'ignore. Je n'ai jamais compris cette familiarité des sujets britanniques pour leurs têtes couronnées.

mercredi 24 avril 2013

Une soirée avec Sherlock et Watson : les #SHERWAT 6 à 8 !

Sherwat 6 : La réalité est une sorte de tapis persan

photo DR

Sherlock HOLMES : Watson, pourquoi diable n'êtes-vous pas au 221bis comme je vous l'ai demandé expressément?
Docteur WATSON : Que racontez-vous, Holmes? J'y suis. Votre twittgramme à la main: date et heure sont bonnes. Où êtes-vous?
Sherlock HOLMES : Quelle absurdité! Je suis au séjour, après avoir visité toute la maison. Seriez-vous à la cave?
Docteur WATSON : Pas du tout. J'arpente le séjour, en soulevant les rideaux. Et je vous affirme que vous n'êtes pas là.

mardi 23 avril 2013

UNE PARABOLE qui coule de source

PHOTO: Amelia Holowaty Krales

Un homme était assis au bord d'une rivière et contemplait ses flots. Un voyageur, qu'il avait croisé avant de l'atteindre, lui avait parlé d'un fleuve lointain appelé Vérité. L'homme avait finalement rencontré cette rivière et décidé que c'était elle, la Vérité ; même si, en vérité, il l'ignorait.
Et certes, son cours était impétueux, beau, tout à la fois inquiétant et reposant.
C'était là une impression qui faisait plaisir à l'homme ; aussi resta-t-il longtemps, assis là.
Un jour, la rivière parla à l'homme.
Du moins le crut-il, mais puisqu'il était seul, personne ne pouvait le contredire ou lui confirmer son doute.

dimanche 31 mars 2013

SHERLOCK & WATSON # 5: La théorie des cardinales infiltrées



Sherlock HOLMES : Watson, connaissez-vous un moyen radical de faire fléchir un éditeur anglais?
Docteur WATSON : Vous, Holmes, me poser une question? C'est le monde à l'envers. Seriez-vous souffrant?
Sherlock HOLMES : Pas de sarcasmes, par pitié! Répondez: sauriez-vous convaincre un éditeur?
Docteur WATSON : Tout dépend de quoi. Avec de l'argent à la clé, cela ne présentera la moindre difficulté.
Sherlock HOLMES : Vous savez bien que je n'en ai pas et que ce procédé est en deçà de mes valeurs. Il est question d'honneur.
Docteur WATSON : Alors, cela dépend de l'honneur de qui. Serez-vous plus royaliste que notre reine insubmersible?
Sherlock HOLMES : Oh, la fine mouche. Il est bien question de reine mais pas la "nôtre", celle de Suède: Christine.

mardi 26 mars 2013

SHERLOCK & WATSON # 4 : Les Pies qui chantent



Photo DR



SHERLOCK HOLMES : Watson! Mais que faites-vous donc?
DOCTEUR  WATSON: J’ai perdu ma paire de jumelles. Je range donc notre appartement.
SHERLOCK HOLMES : Profitez-vous toujours de mon absence pour flanquer le souk là où vous ne devriez pas?
DOCTEUR  WATSON: Je range votre souk et le rangerais tant que je n’aurais pas retrouvé mes jumelles en laiton.
SHERLOCK HOLMES : Êtes-vous certain de les avoir perdues? Ne vous les a-t-on pas plutôt dérobées?
DOCTEUR  WATSON: Pourquoi me les aurait-on volées? Je les range toujours par ici dans une boîte en noyer.
SHERLOCK HOLMES : Vous rangez tout où bon vous semble: j’ai retrouvé votre chapeau sur le réservoir de nos commodités.
DOCTEUR  WATSON: Je l’y avais oublié. Ah! Voilà leur boîte! Dire que je les tiens de mon aïeul.
SHERLOCK HOLMES : Votre étourderie vous perdra. Qu’y a-t-il dedans?
DOCTEUR  WATSON: Une cuillère à marmelade. Que fait-elle là?
SHERLOCK HOLMES : Vous l’y avez sûrement rangée. Votre chevalière était dans le beurrier, ce matin.
DOCTEUR  WATSON: Diable! Quelle tête en l’air je fais!
SHERLOCK HOLMES : Reprenons : où étiez-vous hier soir, vers 17 heures?
DOCTEUR  WATSON: Chez Lady Bloomberry. Pour prendre le thé, en tout bien tout honneur.
SHERLOCK HOLMES : Voilà donc d’où provient cette cuillère. Qu’avez-vous fait ensuite ?
DOCTEUR  WATSON: Je me suis rendu au club pour une partie de cartes. Mais je ne me souviens plus de mes gains, car…
SHERLOCK HOLMES : Car vous êtes revenu ivre et au bras de Miss Appletone.
DOCTEUR  WATSON: Impossible! Miss Appletone et moi avons rompu toute relation il y a un mois.
SHERLOCK HOLMES : Lorsque vous avez rencontré Lady B., sa plus proche amie. Lily est-il le prénom de l’une d’entre elles?
DOCTEUR  WATSON: C’est celui de Miss Appletone, pourquoi?
SHERLOCK HOLMES : Vous le murmuriez cette nuit en vomissant dans nos commodités la drogue qu’elle vous a fait ingérer hier.
DOCTEUR  WATSON: Diantre! Les chamelles! S’en prendre à moi ainsi, pour une histoire de cœur!
SHERLOCK HOLMES : Et pour retirer la chevalière de votre doigt gonflé, vous avez utilisé le beurre du breakfast.
DOCTEUR  WATSON: Où est cette voleuse de Lily Appletone?
SHERLOCK HOLMES : Elle observait la Tour de Londres, depuis l’autre berge de la Tamise, il y a une heure déjà.
DOCTEUR  WATSON: Holmes, ne pouviez-vous pas le dire plus tôt?!
SHERLOCK HOLMES : C’est ma revanche, Watson. Je déteste qu’on glisse ses doigts dans le beurre de mon breakfast.
DOCTEUR  WATSON: Je n’ai pas le temps pour vos sautes d’humeur; je cours à la City.
SHERLOCK HOLMES : Prenez garde tout de même, je crains que nos deux pies voleuses ne nous préparent autre chose.

lundi 18 mars 2013

Sherlock & Watson 3 : Une tonne de soucis



Message du Comm. LEPRINCE, PJ Paris: Pierre Curie tué ce matin. Piste anglaise. Besoin votre aide.
Sherlock HOLMES : Ai lu l'incident dans L'Aurore. PC renversé par charrette pechblende. Charretier coupable ou complice?
Commissaire LEPRINCE : Charr. travaille pour certain Raymund Timor, directeur de cirque américain. J'ignore encore lequel.
Sherlock HOLMES : Cirque Indiana; en ce moment aux Jardins de Lew. Timor l'a racheté. M'en occupe. Faites garder Marie C.
Commissaire LEPRINCE : Nous l'avons conduite en lieu sûr, sous bonne garde. Soyez prudent.

Sherlock & Watson 2 : Une chapka qui rapporte



Sherlock HOLMES : Watson, louez un cabriolet et, sans discuter, allez parier 100£ sur Jouvenceau second dans le Derby.
Docteur WATSON : Holmes, j'obéis mais vous me le paierez ; j'avais rendez-vous avec ma mère. Second, vraiment ?
Sherlock HOLMES : Votre mère ? Enchanté ! Vous lui offrirez une chapka en fennec des neiges avec nos gains. Oui: second !
Docteur WATSON : Mais si nous perdons ? C'est mon argent ! Pour une fois que vous m'en laissez. Me rembourserez-vous ?
Sherlock HOLMES : Bien sûr que non ! Je n'ai pas 100 £. C'est pourquoi vous devez gagner ce pari.