vendredi 15 mars 2013

2. Lettre de Gabriel Gilbert à Mazarin

2. Lettre de Gabriel Gilbert à Mazarin

29 décembre 1657

Votre Éminence,
je vous écris au nom de Sa Majesté la Reine Christine Vasa de Suède, qui a tenu à ce que je vous présente quelques détails secondaires concernant le décès du marquis Gian Rinaldo de Monaldeschi, survenu au château de Fontainebelleau le 10 novembre dernier. (Elle s’en est expliquée d’elle-même à Sa Majesté Louis, dans un courrier).
Avant tout, il est flagrant que, Sa Majesté étant souveraine, elle ne saurait rendre compte de ses agissements concernant la sûreté intérieure de son gouvernement. Vous savez bien que les cas de trahison réclament un traitement d’urgence, au cours duquel aucune intervention étrangère ne saurait être tolérée.


Le fait que l’exécution sommaire et légitime du marquis ait eu lieu dans la galerie des Cerfs du château prêté par S.M. Louis est certes regrettable mais vous ne sauriez oublier que S.M. Christine est en exil, ce qui signifie que sa cour, et donc sa justice, se déplacent avec elle. Je peux vous affirmer qu’elle s’est montrée pour le moins piquée que certaines personnes aient émis des réserves quant à cet événement, qui ne les regarde point. J’ai eu grand mal à calmer le tempérament de S.M., qui souhaitait porter l’affaire devant votre Parlement (elle a d’ailleurs pris langue à ce sujet avec un avocat). En échange de son atermoiement, j’ai promis que vous parviendriez à faire taire les rumeurs malvenues.
Le nœud de l’affaire consiste en une trahison des plus communes. S.M. suédoise a surpris M. le marquis - son Grand Écuyer - en intelligence avec un agent d’une puissance étrangère. Des documents saisis ont permis d’apporter la preuve du crime ; pire encore, la nature dudit constitue un cas de lèse-majesté aussi flagrant que manifeste, comme pourra en témoigner le père Le Bel, qui a tenu les documents en mains propres. Dans notre pays comme dans le vôtre, ainsi que dans toute autre nation civilisée digne de ce nom, ce crime abject mérite la peine capitale ; il n’existait aucune raison valable pour que ma reine y sursît.
Certes, le lieu ne s’y prêtait guère et il aurait peut-être fallu qu’un membre de votre gouvernement fût présent, ne serait-ce que pour éviter les débordements intempestifs du condamné, qui n’a pas su conserver la dignité de son rang et s’en est allé répandre son sang sur quelques tapis de valeur ainsi qu’un tableau de maître, que nous avons échangé contre un autre, tout aussi beau, en gage de notre bonne foi.
Je vous prie aussi de remarquer que la présence du père Le Bel, mandé par la reine, a permis à M. le marquis de recevoir l’extrême-onction et de se confesser avant de mourir ; cet acte prouve en soi que les intentions de S.M. étaient légitimes et pures. Tout au plus pourrait-on arguer qu’elle a agi sous le coup d’une passion bien compréhensible.
C’est justement afin d’éviter tout malentendu que je joins à ce courrier une copie du pamphlet responsable de ce drame. Elle a été trouvée dans les coffres du marquis lors de la perquisition et de la saisie effectuées après son décès. Je vous cède volontiers cette version manuscrite dans la mesure où nous disposons encore d’une version de la main du marquis lui-même, preuve flagrante, formelle, condamnante et indiscutable, dont S.M. entend disposer à sa guise.
Malheureusement, rien ne nous a permis d’identifier le véritable auteur de ce pasquin (si tant est qu’il ne s’agisse pas du seul marquis, lequel a déjà été accusé par le passé d’être l’auteur de satyres et de pasquinades contre son maître naturel le pape Alexandre). Il paraît évident que cet auteur mystérieux est au courant de nombreuses choses généralement tenues pour secrètes, ou disons peu divulguées. Il est presque certainement français ; cette enquête relève donc de votre ressort. Vous savez, bien sûr, que votre royaume regorge d’éléments séditieux ; mais celui-ci est d’une trempe hors du commun. Malgré son jeune âge apparent, il en sait énormément sur les affaires discrètes de l’Europe ; il est surtout imperméable au sens du sacré et ne respecte absolument rien (à part son amour dépravé pour les femmes impudiques).
Sa Majesté vous saura gré de bien vouloir faire tout le nécessaire en cette triste aventure ; de son côté, justice a été faite, et bien faite. À vous, maintenant, d’effacer le petit incident et de rendre à l’Empereur Claude ce qui lui appartient.

Gabriel Gilbert,
secrétaire aux commandements de Sa Majesté Kristina Vasa, reine de Suède

vendredi 8 mars 2013

1. Lettre de l'abbé Foucquet au cardinal Mazarin

1. Lettre de l’abbé Foucquet1au cardinal Mazarin
    4 janvier 1658

    Votre Éminence,
    permettez-moi d’aborder ici deux points importants :
    premièrement, vous trouverez ci-joints les documents révoltants dont je vous ai brièvement parlé hier. Peut-être parviendrez-vous à les lire ; je gage que vous n’atteindrez pas la cinquième page, comme ce fut mon cas. Une telle épreuve n’est pas nécessaire et quelques pages suffiront à vous forger une opinion sur la moralité de leur auteur et le but qu’elles sont censées remplir.
    S’il est vrai que ce pays n’a pas exécuté beaucoup de libertins fameux depuis que Théophile de Viau a été acquitté de son procès il y a trente-deux ans, il n’en reste pas moins que cette engeance mérite d’être arrachée du sol avant que de parvenir à essaimer.


    Selon le père Le Bel (qui vous a écrit par ailleurs, je crois), il est possible que l’exemplaire qu’il a eu en main soit unique, ce qui serait un grand soulagement pour les parties impliquées. Néanmoins, deux détails me mènent à émettre des doutes : d’une part, ce n’est pas un brouillon, lequel court peut-être encore en Dieu sait quelle poche ; d’autre part, le père Le Bel lui-même a tenu les documents pendant trois jours, et il a fort bien pu en effectuer une copie.
    Quant à savoir comment il a pu supporter stoïquement un tel tissu d’insanités, je ne peux qu’en conclure à la fermeté de ses vertus ou à la duplicité de ses intentions. J’ai beau être habitué à entendre des confessions, mon caractère a été plus qu’ébranlé par cet indigne pamphlet dont les obscénités me feront frémir encore longtemps.
    À ce jour, j’ignore pourquoi Sa Majesté la reine de S. a fait appel aux services du père Le Bel pour confesser le marquis de M. avant de le faire exécuter malproprement au château de Fontainebelleau. S’agit-il d’un hasard ? Cette question devra rester sans réponse, pour l’instant.
    Je vous laisse donc juge de la gravité de l’offense. L’argument présenté par Sa Majesté Christine Vasa de S. pour justifier de sa justice expéditive - les crimes de trahison et de lèse-majesté - n’est évidemment pas discutable, et Sa Majesté (je veux dire, la Nôtre) aurait mauvaise grâce d’en faire remontrance à notre illustre mais encombrante visiteuse (ce n’est pas le duc de Tyrol qui dira le contraire, lui qui a été ruiné par le passage de son train d’équipage, que dis-je ? de sa caravane interminable !)
    Comme vous le savez, son ambition pour le trône de Naples reste en butte à celle d’autres intérêts, moins hésitants et sans doute préférables à longue échéance. De plus, il me paraît que sa réticence à révéler publiquement sa conversion à la cause catholique constitue, sinon un camouflet, en tout cas une sérieuse entorse à la sincérité de nos accords. Je ne serais pas surpris outre mesure que cette reine qui se prend pour un roi ayant perdu son royaume cherche ainsi à ménager la chèvre et le chou, ainsi que le chevrier et le maraîcher si l’occasion s’en présente (voire la chevrière et la maraîchère, si j’en crois certaines rumeurs).
    Si donc vous entreprenez la lecture intégrale de ce nauséabond pasquin, munissez-vous, je vous prie, d’un bon brûle-parfum et d’une patience de dentelière ; vous en aurez besoin. Quant à moi, j’ai d’autres chattes à fouetter.
    Notamment (et c’est le deuxième point de ma lettre), je continue à faire rechercher l’agent imbécile que nous avions (pardon, que j’avais) engagé pour surveiller les imprimeurs parisiens soupçonnés de complaisances libertines excessives. Après l’affaire Millot-L’Ange qui a ridiculisé votre autorité au profit de celle des partisans du prince de Condé, nous avions bien besoin de redorer notre blason. Hélas ! ce demi-gredin se cache et, jusqu’à présent, tous les lièvres qu’il a prétendu lever pour nous se sont révélés sans le moindre intérêt, au point que je finis par me demander s’il ne le fait pas exprès. Laissons-lui encore une chance et si ce limier mal poli ne nous rapporte rien, je le jetterai nu dans l’arène pour voir s’il sait au moins se battre comme un bon chien.

    À Dieu ne plaise ! (mais à vous, d’abord, bien sûr)
    Basile Foucquet

    PS : vous trouverez en préliminaire au pasquin la lettre du secrétaire de Sa Maj. C. V. de S., qui constitue une manière de plaidoyer ; mon intuition me dit qu’elle contient des éléments cachés. Son ton général hésite entre la condescendance la plus énervante et la naïveté la plus touchante. Elle contient le terme "flagrant" un trop grand nombre de fois pour que ce soit fortuit. Quant à la conclusion qui mentionne l’Empereur Claude au lieu de Jules César, je ne l’ai pas comprise ; j’en ai déduit que cette lettre n’avait pas été écrite à l’initiative du secrétaire, comme il le prétend, mais bel et bien dictée par la reine, ce qui semble indiquer qu’elle a parfaitement saisi l’ampleur et la gravité de son acte mais qu’elle ne saurait s’abaisser à nous en parler directement.
    En d’autres termes, si c’est elle que nous laissons monter sur le trône de Naples, je ne donne pas deux ans avant que son influence nous échappe. Et je m'abstiendrai de vous en indiquer les conséquences.
    _____________________________________________________________________
    1Ne pas confondre l’abbé Basile Foucquet avec son frère Nicolas, le surintendant des Finances royales. L’abbé - un jésuite - dirigeait l’un des services de renseignements du cardinal Mazarin.

    vendredi 1 mars 2013

    Une aventure de Sherlock Holmes et du Dr Watson

    Aujourd'hui à 12h30, Michael Roch et votre serviteur ont publié sur Twitter la micro-aventure suivante :

    La vengeance de l'Avenger 


    Dr Watson : Holmes, j'ai perdu ma pipe. L'avez-vous vue ?
    Sherlock Holmes : Watson, ne vous tracassez pas autant et rassurez-vous : l'Avenger ne sera pas saboté aujourd'hui.

    0. INTRODUCTION du chercheur

    L'homme de douleurs, Maerten van Heemskerck, c. 1525















    Chère lectrice, cher lecteur,
    voici le résultat de mes tentatives pour résoudre l’une des nombreuses petites énigmes dont regorge l’Histoire. Il s’agissait de découvrir qui fut l’auteur du manuscrit Les Assiduités exemplaires, texte libertin anonyme datant du milieu du XVIIesiècle, dont on ne connaît que deux exemplaires : l’un dans l’enfer de la Bibliothèque mazarine ; l’autre dans les archives privées de la reine Christine de Suède ayant appartenu au baron von Bildt.
    La première étape de ma recherche consistait à mettre la main sur un exemplaire, si possible original et le plus complet possible. Je commençai par le plus simple pour moi : aller à la Bibliothèque mazarine. Le conservateur revint de l’enfer, furieux et bouleversé : le manuscrit avait disparu ! Pire encore, en visant ses registres, il découvrit que la dernière consultation remontait à... 1918 ! Et le nom inscrit était à peine lisible. Il n’y avait aucun moyen de savoir quand le document avait été volé ; ce pouvait être à n’importe quel moment entre la fin de la première guerre mondiale et aujourd’hui. La mort dans l’âme, il me fallut abandonner cette piste.
    La deuxième possibilité était de convaincre les descendants du baron von Bildt de me prêter leur exemplaire ou de me permettre de le consulter sur place, à Stockholm. Contactés par courrier, ils eurent l’obligeance de me répondre rapidement ; le manuscrit avait été découvert par le baron Carl en 1899, caché dans la doublure d’une serviette de cuir qui avait contenu une partie de la correspondance codée entre Christine de Suède et le cardinal Azzolino, écrite dans les années 1660. Le baron en avait fait une description sommaire alors qu’il préparait l’édition des lettres déchiffrées par ses soins ; le manuscrit était écrit en français clair. Il avait finalement décidé de ne pas le publier, « pour des raisons de décence et parce qu[’il] doutai[t] de son authenticité ». Fort poliment, les héritiers refusèrent de me laisser le consulter ; lorsque je les pressai un peu, ils m’avouèrent que le document avait en fait été vendu en 1975 à une bibliophile suisse, Sylviane Carelberg.
    En lisant ce nom, j’avoue que je ressentis une sorte d’affolement. D’abord, parce que je savais, pour l’avoir lu dans une revue spécialisée, que la collectionneuse Sylviane Carelberg venait de mourir (à l’âge canonique de 107 ans) et que sa prodigieuse collection de livres rares allait être vendue aux enchères par son seul héritier encore vivant, un petit-neveu industriel qui ne s’intéressait pas à leur contenu. Mais surtout, parce que je fus soudain assailli d’une intuition terrifiante ! Je retournai, fébrile, à la Bibliothèque mazarine et me débrouillai pour revoir le registre de 1918. Quelle ne fut pas ma stupéfaction de constater que le nom du consultant des Assiduités exemplaires pouvait fort bien se lire Sylviane Carnon ; or, c’était là le nom de jeune fille de Sylviane Carelberg !
    Était-il possible qu’une enfant de quinze ans fût allée voler un manuscrit à la Bibliothèque mazarine pendant la guerre ? Pourquoi pas, après tout ? Si l’on y réfléchit un peu, c’est même la meilleure des couvertures. Qui irait la soupçonner ? Mais enfin, qui a pu la laisser consulter un livre de l’enfer, donc par définition interdit aux mineurs ? Fallait-il envisager la possibilité que Sylviane Carelberg eût paru plus que son âge ? Ou qu’elle eût séduit le conservateur de l’époque ? Sans doute était-elle précoce si elle s’intéressait déjà aux manuscrits libertins, mais tout de même, c’était troublant.
    Ou bien encore : pour qui travaillait-elle ? L’infatigable découvreur de manuscrits que fut Frédéric Lachèvre ? L’hypothèse était absurde et blessante ; Lachèvre était honnête et travaillait en plein jour (même s’il le faisait « avec l’absence de méthode et le manque de rigueur qui le caractérisaient », pour citer Antoine Adam). Il était plus vraisemblable qu’elle travaillât contre lui. Mais alors, pour qui ? Elle-même ? Et à tout prendre : avait-elle réellement quinze ans en 1918 ? Comment en être sûr ?
    C’était là un mystère passionnant que je ne pouvais résoudre. Sylviane Carelberg était morte, ainsi que tous les témoins ; son seul héritier ne me répondrait certainement pas. Je n’avais qu’une chose à faire : attendre la vente aux enchères et acheter le manuscrit des Assiduités exemplaires. Je travaillai d’arrache-pieds pendant les mois suivants, économisant le moindre centime. Et un jour, le miracle attendu arriva ! Il me coûta, à vrai dire, un peu plus que mes économies (je n'entrerai pas dans les détails, étant pudique) ; mais le jeu en valait la chandelle.
    C’est ce qui me permet aujourd’hui d’en présenter la première version jamais publiée. Je l’ai voulue aussi complète que possible mais le travail concernant ce document étonnant ne fait que commencer. Il s’agit ici d’une sorte d’enquête criminelle ; bien que je puisse prétendre avoir formellement identifié l’auteur de ces pages, je ne vous le livrerai pas menottes au poignet, bien sûr. Après avoir suivi plusieurs pistes, j’ai eu le bonheur de trouver la preuve décisive quant à l’auteur de cette pasquinade(ainsi qu’on appelait alors les satires de mœurs). Comme dans une enquête, un coupable paraissait évident au premier abord mais la vérité se dissimulait dans les coulisses du spectacle. Les suspects étaient si nombreux, à vrai dire, que rien n’interdisait de penser qu’elle avait pu être écrite à plusieurs mains ; pourquoi pas au cours d’un atelier d’écriture un peu coquin ? On a les orgies que l’on peut.
    Mais je m’avance. J’ai donc rassemblé, autour du document incriminé lui-même, toutes les traces qui en parlent directement ou non, discrètement ou non, vraisemblablement ou non. Les amateurs d’énigmes pourront s’en donner à cœur joie ; ceux d’histoire véridique seront peut-être plus déçus, rien ne prouvant que certains des documents que j’ai dénichés ne sont pas faux eux aussi, tout au moins apocryphes. Comme l’écrit Antoine Adam dans sa préface à L’histoire amoureuse des Gaules de Bussy-Rabutin : « Enfin, et c’est là le plus grave, nous ne saurions dire si le texte actuel est ou n’est pas l’état primitif et authentique de l’ouvrage ».
    Au contraire, si c’était là que résidait toute la beauté de la chose ? Car c’est ce dont parlent les Assiduités exemplaires : des désirs et des moyens de les réaliser, des passions et de leurs conséquences parfois terribles, des « amours libérées » (pour reprendre une expression qui apparaît quelquefois dans le manuscrit) et des prisons qui les détenaient, de la vérité et des armes qui permettent de la conquérir ou de la perdre. De s’y perdre ?

    Alfred Boudry

    PS : après mûre réflexion, j’ai fait le choix de regrouper les notes à chaque fin de chapitre. J’ai pensé qu’il ne fallait pas interrompre le discours de ces voix du passé1et les laisser s’épancher avec toute la fluidité d’un roman moderne, rapide et cinglant (j’en ai d’ailleurs modernisé le langage, afin d’éviter une surcharge de notes trop scolaires). Les lecteurs perdus ou curieux auront ainsi tout loisir de se reporter aux notes au fur et à mesure ; les autres auront peut-être la patience d'attendre la fin de l’intrigue et les liront ensuite comme une sorte d’enquête de détective où ils traqueront avec moi le serpent de la vérité ; on pourra aussi ne pas les lire et se faire sa propre opinion sur ce drame historique.
    Afin de vous éviter de vous égarer, chère Ariane, cher Thésée, je vous transmets ce conseil toujours actuel de Gabriel Naudé (dans son Apologie pour les grands hommes...) : « La vérité historique, si tant est qu’elle existe, s’est cachée sous la sottise des ignorants, l’envie des passionnés, la folie des téméraires, l’aveuglement des intéressés, et sous une infinité d’opinions fabuleuses, étranges et ridicules. »
    ________________________________________________________________________________
    1Le discours de ces voix du passé...
    J’ai rassemblé tant d’exergues possibles pour l’ouvrage, aussi savoureuses l’une que l’autre, que je m’en voudrais de les gaspiller. Aussi ai-je eu l’envie de commencer cette enquête par une saynète qui permettra aux lecteurs et aux lectrices de se plonger dans l’ambiance de l’époque. Il est bon, je crois, de laisser la parole à ces grands esprits, qui ne se sont pas toujours bien rencontrés.

    PÈRE FRANÇOIS GARASSE — J’appelle impies et athéistes ceux qui sont plus avancés en malice ; qui ont l’impudence de proférer d’horribles blasphèmes contre Dieu ; qui commettent des brutalités abominables ; qui publient par sonnet leurs exécrables forfaits ; qui font de Paris une Gomorrhe ; qui font imprimer le Parnasse satyrique ; qui ont cet avantage malheureux qu’ils sont si dénaturés en leur façon de vivre qu’on n’oserait les réfuter de point en point, de peur d’enseigner leurs vices et faire rougir la blancheur du papier.
    THÉOPHILE DE VIAU — La même façon de vivre qui s’appelait autrefois débauche, s’appelle aujourd’hui réformation.
    PIERRE GASSENDI — Heureux temps où nous pouvions rire de la comédie que le monde entier joue, le sachant ou non !
    BALTASAR GRACIÁN — Il vaut mieux ne rien faire que de s’occuper mal à propos.
    PIERRE L'ARÉTIN — Qui ne se montre point ami des vices devient ennemi des hommes.
    TRISTAN L’HERMITE — La Fable ne fera point éclater ici ses ornements avec pompe ; la Vérité s’y présentera seulement si mal habillée qu’on pourra dire qu’elle est toute nue.
    CHARLES SOREL — Aussi je ne touche ce beau sein qu’en tremblant, mon souverain plaisir est de frétiller, je suis tout divin, je veux être toujours en mouvement, comme le ciel.
    FRANCOIS DE LA MOTHE LE VAYER — Ma main est si généreuse, ou si libertine, qu’elle ne peut suivre que le seul caprice de mes fantaisies ; et cela avec une licence si indépendante et si affranchie, qu’elle fait gloire de n’avoir aucune visée, qu’une naïve recherche des vérités ou vraisemblances naturelles, ni plus important objet, que ma propre satisfaction.
    PERE JEAN-JOSEPH SURIN — Pour être aimé et caressé de Dieu, il faut, soit beaucoup souffrir intérieurement, soit maltraiter son corps.
    L’ANONYME DE L’ÉCOLE DES FILLES — Tu dois savoir que la principale cause de l’amour, c’est le plaisir du corps, et sans cela il n’y aurait point d’amour.
    PIERRE CHARRON — C’est une science divine et bien ardue que de savoir jouir loyalement de son être.
    SAINT-ÉVREMOND — Si j’avais à me marier j’épouserais volontiers une personne d’une autre religion que la mienne. Je craindrais qu’une catholique, se croyant sûre de posséder son mari en l’autre vie, ne s’avisât de vouloir jouir d’un galant en celle-ci.
    ANTOINE FURETIÈRE — Le libertinage des femmes est grand dans ce siècle, pour dire, leur coquetterie.
    CHARLES SOREL — Quelques dames qui avaient encore gardé leur pudeur la laissèrent échapper, se conformant aux autres qu’elles se donnaient pour exemple ; si bien qu’elles s’en retournèrent pas aussi chastes qu’elles étaient venues.
    SAVINIEN DE CYRANO — Un peu d’encens brûlé rajuste bien des choses.
    SAINT-ÉVREMOND — Pour moi, qui ai toujours vécu à l’aventure, il me suffira de mourir de même. Puisque la prudence a eu si peu de part aux actions de ma vie, il me fâcherait qu’elle se mêlât d’en régler la fin.
    THÉOPHILE DE VIAU — Il faut écrire à la moderne ; Démosthène et Virgile n’ont point écrit en notre temps, et nous ne saurions écrire en leur siècle ; leurs livres quand ils les firent étaient nouveaux, et nous en faisons tous les jours de vieux.

    dimanche 24 février 2013

    LES SALLES DE "SHOOT" : quelques vérités dont les médias ne parleront pas

    Une psychologue clinicienne travaillant dans un hôpital psychiatrique m'a communiqué les remarques suivantes, après avoir cherché à les diffuser sur quelques forums médicaux, qui (bizarrement) n'ont pas été assez intéressés. Je me permets donc de relayer ces vérités fort bonnes à dire. Libre à vous de les faire suivre à qui vous voudrez. (Alfred)


    (Photo DR) Une vraie partie de plaisir ? Un privilège ?

    Il y a quelques jours, le gouvernement a décidé d'ouvrir, à Paris bien sûr, une "salle de shoot" ; en Politiquement Correct : "salle d'injection sanitaire" ou de "consommation", selon qui en parle et comment.
    En cette occasion, le peuple comme les people ont eu de nouvelles occasions de nous faire bénéficier de leur grande sagesse. Par exemple, un des commentaires les plus publiés concerne le fait que la "drogue" étant illégale (pas toute, mais c'est pas le débat...) et les drogués étant des délinquants, comment concilier shoot autorisé et drogue illégale ?
    Alors, juste pour sortir du marécage de la Bonne Pensée dans de Saines Pratiques, j'aimerais simplement revenir sur quelques éléments comptables.

    lundi 18 février 2013

    EUTHANASIE pour les génies périmés ? (Et les doubleurs d'aujourd'hui)

    Suite à une erreur d'aiguillage malencontreuse, je suis allé voir Passion, le dernier film de Brian de Palma...
    Comment ça, "C'est qui, ce mec ?"
    Phantom of the Paradise ; Soeurs de sang ; Obsession ; Pulsions ; Carrie ; Blow out ; Fury ; Body double...
    Quand même !
    Et c'est lui aussi qui a fait : Scarface ; Les Incorruptibles ; Le bûcher des vanités ; Outrages ; L'impasse ; Snake eyes... D'accord, c'est pas du même carat, mais ça tient la route, non ? J'en connais qui ont gardé de sérieuses traces de ces films sur eux.

    samedi 16 février 2013

    UN FANTASME DISPARAÎT...

    L'autre jour, dans mon café favori, il y avait une dame qui lisait une liseuse (ou une tablette ; ma copine Lisette, qui est tableuse chez Excel, a essayé de m'expliquer la différence ; je n'ai rien compris). Tout à coup, je me suis aperçu que je ne savais pas ce qu'elle lisait, la dame. Et si c'était un de mes livres ? Je suis resté là, un moment, paralysé, à me demander comment sortir de cette impasse sans provoquer un scandale ?

    Je n'ai rien trouvé.
    Voilà comment un fantasme s'évanouit à l'horizon de l'inconscient humain. Et un fantasme d'écrivain qui s'évanouit, c'est un roman étouffé dans l'oeuf.

    REVOLUCION CALIENTE : Limpia Europa ?

    Cette semaine, deux personnes (des hommes dans la quarantaine, chômeurs) se sont immolées aux abords d'une agence de Pôle Emploi. L'une des deux est morte, l'autre a survécu à ses blessures. L'an dernier en août, une situation identique s'était déjà produite : un homme s'était immolé sous les yeux de son "conseiller", qui ne pouvait rien pour lui, à tous les sens du terme. A cela, j'ajoute le suicide, il y a trois semaines, d'une jeune femme de ma connaissance, qui s'est jetée d'une hauteur de 30 mètres. Il faut savoir que l'homme de Nantes avait prévenu de son geste, que le personnel de l'agence avait fait venir les pompiers et la police, qui "n'ont rien pu faire".

    mercredi 13 février 2013

    DON'T FREEBOX ME IN !


    Depuis quelques jours, j'ai l'occasion d'essayer une freebox dite Revolution, du genre qui est censé tout faire, sauf le café. Comme ce n'est pas la mienne, j'arrive à rester calme. Si c'était la mienne, elle serait repartie depuis longtemps chez l'arnaqueur...
    (Je voulais dire, le vendeur. Pardon aux escrocs qui ont une conscience professionnelle.)

    Je pourrais lister ici les avantages et les qualités de la boîte en question, mais je ne suis pas payé pour ça, aussi je laisse cette besogne gratifiante à d'autres esprits libres. Je vais me contenter de dire ce qui déconne.
    Et il y a du boulot.

    jeudi 7 février 2013

    POLITIQUE DU VIDE ou Comment l'on fucke ses administrés

    Il était une fois une forêt communale qui poussait gaiment au soleil du Midi ; on y trouvait des truffes et des pommes de pin, les chiens y gambadaient comme des fous, se sentant si bien qu'ils ne coursaient même pas les lièvres, se contentant de les regarder détaler sous leurs yeux d'un air patelin. C'était l'éden au pays de Tartarin.
    Un jour, un maire qui se croyait vachement élu décida de construire un grand lotissement à la place de la garrigue. Il fit poser des panneaux de plastique, croyant que cela suffisait à légitimer son action. Quelques bulldozers anémiques taillèrent deux ou trois chemins, déracinèrent une poignée de taillis et... furent arrêtés parce que des citoyens sourcilleux avaient dénoncé l'illégalité de la procédure et qu'un magistrat tatillon leur avait donné raison.
    Pendant quelques mois, les choses restèrent en l'état ; la nature reprit ses droits (hélas, pas imprescriptibles, encore moins inaliénables) et quelques lapins revinrent, inquiets, toutefois.

    lundi 4 février 2013

    RÂTEAUX & RUPTURES ou La Vertu des Gadins

    Photo Corinne Lacueille... au menton !
    Voici un "méchantillon" de ces petites phrases qui tuent l'amour en moins de temps qu'il n'en faut pour les dire (avant ou après passage à l'acte, peu importe). Il va de soi qu'elles sont toutes garanties authentiques par les personnes qui me les ont racontées ; les miennes, en tout cas, le sont à 100 %  (surtout les deux ou trois dont je suis l'auteur, hélas).
    A vrai dire, vous vous reconnaîtrez peut-être, ici ou là...



    — Je préfère qu'on reste amis.
    — Tu es formidable ; non, vraiment ! Mais là, c'est pas le moment.
    — Je crois que je ne serai plus jamais capable de tomber amoureuse.
    — C'est gentil comme tout, mais tu comprends, j'ai quelqu'un d'autre en vue, qui me plaît plus que toi.

    lundi 28 janvier 2013

    Parce que Marilou



     


    Le soir où tu imites les aigles
    je suis à cent mètres de là, au Sémaphore
    (il ne s'agit pas de la machine désuète qui permet d'émettre des signaux que plus personne ne sait lire, c'est le nom du cinéma d'art et d'essai où nous sommes allés voir un film ensemble un jour, il y a quatre ou cinq ans ; un film pour enfants, que nous avons vu presque en cachette, pour que ce soit meilleur)
    Après le film, tu me dis, un peu effrayée : Alfred, tu ris comme les enfants ; c'est un peu déroutant, au début, mais on s'y fait.

    J'enregistre. J'oublierai plus tard, si j'ai le temps

    Je suis donc à cent mètres de toi pendant que tu contemples vingt siècles d'histoire, et je ne le sais pas plus que toi ; je ne l'apprendrai que deux jours plus tard

    samedi 26 janvier 2013

    La Châsse aux Talents ou Nos amis les Vedettes


    La Châsse aux talents


    des gens biens sous tous rapports
    à garder bien au chaud sous le coude





    Laura fille de Johnny et Nathalie ; David fils de Johnny et Sylvie ; Charlotte fille de Serge et Jane ; Lou fille de Jacques et Jane ; Vincent fils de Jean-Pierre ; Emmanuelle fille de Guy ; Antony fils d'Alain ; M. fils de Mathieu fils d'Andrée ; Arthur et Azia enfants de Jacques ; Thomas fils de l'autre Jacques ; Jennifer fille de Chantal ; Guillaume et Julie enfants de Gérard ; Hippolyte fils d’Annie ; Romane fille de Richard ; Benjamin fils de Catherine fille de Simone et Yves ; Mathieu fils de Jacques et Agnès ; Marylou fille de Josyane ; Sagamore fils de Jean-François ; Marie fille de Jean et nièce de Michel ; Nicolas fils de Guy ; Marie fille de Jean-Louis et Nadine ; Jean-Michel fils de Maurice ; Chiara fille de Catherine et de Marcello ; Lambert fils de George ; Lagaf' frère d'Alain ; Léa petite-fille de Jérôme ; Martine fille de Jacques ; Carlos fils de Françoise ; Eva fille de Marlène ; Emma fille d'Antoine fils de George et de Jacqueline ; Claude fils de Pierre ; Tonie fille de Micheline ; Dorothée petite-fille de Claude ; Antoine fils de Gaston ; Françoise fille d'Hubert ; Irène fille de Jérôme ; Joëlle fille d'Eric...

    lundi 14 janvier 2013

    ATLAS des NUAGES, suite de l'"aventure"

    Photo DR

    Le distributeur du film Cloud Atlas a annoncé la sortie officielle en France pour le 13 mars 2013, soit six mois après la plupart des autres pays. A ce moment-là, il sera déjà disponible en blu-ray ; nul doute qu'il aura été considérablement piraté aussi. Sera-ce toujours une bonne idée ? Les exploitants de salles auront-ils envie de louer (évidemment très cher) un film qui risque de faire un flop pour cause de cafouillage médiatique ? A moins que tout cela ne soit au contraire savamment orchestré, bien sûr ? L'éditeur français de David Mitchell fait-il pression sur tout ce beau monde en attendant que la traduction de number9dream soit terminée et prête à commercialiser ? (On peut rêver.) Le frère et la soeur Wachowski ont-ils eu une illumination de dernière minute et ont-ils voulu rétablir l'esprit du roman de David Mitchell, au lieu de leur sauce bouddhico-chrétienne ? (On peut rêver encore plus fort ; sur la photo ci-contre, on pourra apprécier les mentions "Evil", "Neutral" et "Good", qui sentent bon le catéchisme et le jeu de rôles antédiluvien... A quand le jeu de cartes à échanger ?)

    Réponse à toutes ces questions le 13 mars... ou pas.

    HYBRIDES & MONSTRES MUSICAUX

    Demy-groupe de rock. 

    (à gauche, Mathieu Demy, fils de Jacques et d'Agnès Varda ;
    à droite, Eléonore Pourriat, l'une des dernières actrices
    françaises à n'être que la fille de ses parents ; 
    photo extraite du film Qui m'aime me suive, de Benoît Cohen)



    Vous connaissiez déjà Delpech Mode, le duo qui mélangeait des chansons de Michel Delpech et de Depeche Mode...
    Eh bien, avec les membres du collectif de musique expérimentale pata-réaliste Massacre du Printemps, nous avons inventé quelques groupes maudits dont nous espérons ardemment qu'ils ne verront jamais le jour.
    Quoique...

    jeudi 27 décembre 2012

    Le CAPITAL de Costa-Gavras


     Affiche Le Capital

    Costa-Gavras est une légende vivante du cinéma, l'une des dernières. Il a commencé comme assistant-réalisateur de HG Clouzot sur L'enfer, le film "au budget illimité", inachevé en 1963. C'est dire s'il a connu des gens mythiques et des secrets innombrables. C'est dire si certains attendent avec impatience ses mémoires... ou avec crainte.
    Je ne reviendrai pas sur sa filmographie pleine de chefs-d'oeuvre, notamment de films destinés à ouvrir l'esprit et la conscience politique de ceux qui aiment se laisser bercer d'illusions. Avec l'âge, bien sûr, le rebelle s'est calmé ; par exemple, pour obtenir l'autorisation de filmer Amen au Vatican même, il a bien fallu atermoyer et minimiser la complicité de l'Eglise catholique et romaine dans l'Holocauste. C'était fatal.
    Le Couperet était intéressant, voire incisif, mais n'accusait personne, sinon la conjoncture. Et puis, à la base, c'était un polar, pas un livre politique. Heureusement, José Garcia y était au mieux de sa forme.

    The TELEPORTATION ACCIDENT, roman de Ned Beauman



    Photo DR
    THE TELEPORTATION ACCIDENT
    de Ned Beauman (Sceptre, 2012)

    Quand on est décorateur dans le monde du théâtre berlinois à la fin des folles années 1920, on n'a guère le choix : soit on est un ami de Bertolt Brecht, soit on n'est l'ami de personne. Egon Loeser, lui, n'admire que le précurseur Adriano Lavicini – concurrent du génial Torrelli en son temps, le XVIIe siècle – mais surtout pas Brecht. D'ailleurs, il ne comprend rien à ses pièces. Les seules choses qui intéressent Loeser sont : 1/ comment reproduire (et améliorer) la "Machine à Téléportation" que Lavicini avait conçue pour Le Prince Lézard, spectacle à la fin duquel lui et vingt-quatre personnes avaient trouvé la mort dans la destruction du fameux Théâtre des Encornets ; et 2/ comment convaincre la jeune et délicieuse Adèle de coucher avec lui (entre autres).
    Apolitique et imperméable au monde qui l'entoure, Egon Loeser suivra l'acide Adèle à Paris d'abord, puis à Los Angeles, navigant dans les milieux interlopes de l'astrophysique, du cinéma hollywoodien et de l'émigration juive allemande, le tout sans jamais absorber la plus petite parcelle de conscience politique. D'ailleurs, le fait que la jeune femme qu'il poursuit de ses assiduités s'appelle Hitler n'a absolument aucune influence sur son désir.

    dimanche 16 décembre 2012

    Un journaliste assumant


    Comme on le sait, la vie est faite de hasards, de coïncidences, de rencontres, signifiantes ou non, selon le tempérament de chacun et (peut-être) l'état d'esprit au moment où on les vit. Les miennes, de coïncidences, ont souvent tendance à tourner en eau de boudin à plus ou moins longue échéance. En voici une, assez complexe, qui a entraîné de nombreuses conséquences, pas très agréables, mais d'autant plus édifiantes.
    Quelque part en mars 2003, un journaliste a fait un papier sur moi, qui a paru dans l'édition locale d'un canard régional. Ledit journaliste m'avait contacté par téléphone, ayant obtenu mon numéro par l'intermédiaire du directeur du théâtre où je suivais des cours hebdomadaires. Il m'y avait vu plusieurs fois, avait entendu parler de mon initiative (les Epistoleros, un "commando-poésie" qui devait officier pendant la semaine du Printemps des Poètes dans les rues d'Aix) et voulait m'interroger à ce sujet, voire faire un portrait, si on lui en accordait la place.

    mercredi 12 décembre 2012

    Alwin Nicolaïs et le Spectre du Communisme

    Photo DR


    Alwin Nicolaïs
    ou
    chronique du communisme spectral et de l'incompatibilité réputée de l'art et de la politique




    Quand je vois un film américain datant de la "guerre froide", je suis toujours amusé par les réactions de vertueux personnages confrontés au "spectre" du communisme. Cela va de "Oh, mon dieu !" à "Salauds de rouges ! On les aura !" en passant par un crachat, une pâmoison, voire une simple grimace de dégoût. En tout cas, jamais le bon Américain ne manque de réagir vivement. Il y a quelques années, en me rendant à une soirée dont je n'attendais rien de particulier, j'eus la chance de vivre deux expériences hors-normes en quelques heures.

    dimanche 9 décembre 2012

    Le Mensonge de Pippo del Bono & Souvenirs théâtraux



    J'ai plein de souvenirs liés au merveilleux monde du théâtre ; beaucoup, et de divers ordres. Du bon, du moins bon, du pas si pire, du grave, du mauvais, du mitigé, du je-sais-pas-trop, et du faut-voir autant que du j'ai-rien-compris. J'ai vu des centaines de spectacles, participé à une douzaine, dont trois que j'ai écrits, un que j'ai co-écrit, un de quelqu'un d'autre que j'ai mis en scène. J'ai vu quelques grands hommes et femmes, seuls sur scène, l'emplissant de leur présence parfaite, prouvant que le charisme et l'autorité sont des armes redoutables, qu'il faudrait retirer à certains individus qui s'en servent comme des manches ou à des fins un peu trop personnelles (je ne citerai personne ; la politique ne m'intéresse plus depuis que j'ai vu un "grand" acteur – M. Michel Blanc – déclarer en direct, avec des trémolos d'effroi dans la gorge, que la politique est une affaire de professionnels, et que lui, humble et simple comédien, ne pouvait se permettre de porter un jugement sur ce domaine. Quelques années plus tard, il interprétait magistralement un chef de cabinet ministériel tourne-casaque dans L'exercice de l'Etat ; avais-je mal compris son intervention ? Peut-être a-t-il changé d'avis).