Un
dimanche de mon enfance, mes parents décidèrent de m'inculquer un
certain sens de la responsabilité vis-à-vis de l'argent. Je devais
avoir sept ou huit ans ; ils me confièrent la mission d'aller
acheter le petit déjeuner familial à la boulangerie du village et
me donnèrent un billet de 50 francs, ce qui faisait beaucoup pour
l'époque (1974) et pour un petit garçon.
Travaux d'Alfred Boudry : récits, contes, nouvelles, poèmes, essais, chroniques, photographies, dessins, billets d'humeur, histoires vécues, critiques, satires, pamphlets, curiosités, objets inclassables, ateliers d'écriture et même des romans...
PROJET ADYNATA: MAISON D'EDITION SANS EDITEUR
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lundi 3 septembre 2012
mardi 28 août 2012
A lire : ZEN CITY de Grégoire Hervier
Zen
City
de
Grégoire Hervier
(aux
éditions Au Diable vauvert)
Dominique
Dubois n'est pas un héros ; la preuve, c'est vous. C'est le
Français moyen, celui qui vote où on lui dit de le faire,
proprement, sans faire de vagues. Mais comme il n'a pas la « chance »
d'être le fils de quelqu'un de connu ou d'avoir un nom qui résonne
dans l'inconscient collectif comme une formule magique, il n'a de
fait aucun pouvoir. C'est un consommateur normal, prévisible,
étudiable. Autant dire qu'il a vaguement conscience de s'ennuyer
dans sa vie et d'être manipulé (oh, pas méchamment, bien sûr) par
des forces qui le dépassent et que, d'ailleurs, il ne lui viendrait
même pas à l'idée de combattre, puisqu'elles le défendent
contre... d'autres forces. Il est donc comme tout le monde ; la
preuve : c'est le héros du livre.
A lire : BESTIAIRE AMAZONIEN de François Feer
Bestiaire amazonien
de François Feer
(éditions Le Dilettante)
Voici quelques années,
après l'invention de la « jungle urbaine » (concept justifiant le
démantèlement de la culture au profit d'une sécurité peu sociale), est apparue
une nouvelle sous-espèce humaine : l'homo sapiens lectorans.
Celui-ci, hagard mais décidé à survivre, cherche les ultimes bons livres dans
la jungle gonflée aux hormones du marketing mondial inféodé aux gras
distributeurs (F1635 : goncourisone, BHL000 : romankétine,
$700$ : néolibéralyse, en sont les principales représentantes). Comme tous
les chercheurs hagards et décidés, c'est dans les grands moments de désespoir,
tout près d'abandonner et de céder aux appels les plus clinquants, que lectorans
déniche soudain la perle, le papillon rare, le parangon de ces bois
méphitiques.
lundi 27 août 2012
Mon premier château en Espagne
Un
jour, quand j'avais quatre ans, je faisais des pâtés dans le bac à
sable de la maternelle. J'étais tout seul et je m'amusais bien ;
à vrai dire, j'étais même très fier d'avoir réussi à placer un
pâté parfaitement formé au-dessus de trois autres disposés en
triangle. C'était sans doute ma première construction !
samedi 25 août 2012
DICTIONNAIRE DES VOYAGEURS... de François Angelier: Une encre bonne à jeter ?
Dictionnaire
des Voyageurs et Explorateurs occidentaux
du
XIIIe au XXe siècle
de
François Angelier
(éditions
Pygmalion, 2011)
L'autre
jour, en visite chez mon bouquiniste favori, j'eus le regard attiré
par un objet séduisant : un beau gros livre à la couverture
bleue et vanille arborant une caravelle toutes voiles dehors et un
bout de carte représentant l'Amérique centrale. C'était le
Dictionnaire des Voyageurs et Explorateurs occidentaux (du XIIIe
au XXe siècle) de François Angelier,
aux éditions Pygmalion.
jeudi 23 août 2012
Chronique à lire super vite avant qu'elle ne s'épile
Aujourd'hui, j'apprends que le progrès technologique a encore fait "progresser" l'humanité d'un cran... sans préciser dans quel sens. Il s'agit du livre à encre biodégradable.
Tu l'achètes sous vide, tu l'ouvres, l'air (ou la lumière) entre en contact avec l'encre et entame lentement son travail de sape. Deux mois plus tard, les pages sont blanches ; si tu n'as pas fini, tu es bon/ne pour le racheter. Pas mal, non ? comme "stratégie" marketing. Faut en parler à Naomi Klein, ça devrait la faire rire. Quoique.
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littérature,
satire
Un coin tranquille... (Episode 21584)
UN
COIN TRANQUILLE
Par
une après-midi de fin novembre, ayant une heure à trucider, je décidai
de la passer en buvant un café en terrasse. Il faisait un froid vif
mais l'absence de vent et d'humidité le rendait supportable. J'avais
surtout envie de ne pas m'enfermer dans un endroit bondé et saturé
de fumée (la chose était encore possible à l'époque).
Certains
bars rangeant leurs tables et leurs chaises dans leur salle
principale pour la nuit, ils sont obligés de déplier leur terrasse
dans la journée, même si personne ne s'en sert. J'avisai donc une
superbe terrasse vide, sur l'une des places principales de la ville.
Trente tables et cent-vingt chaises prenaient le froid depuis le
matin, sans que nul ne songeât à les réchauffer de ses miches. Avant de m'installer sur l'une d'entre elles, je
pris la précaution de me signaler au serveur, me doutant qu'il ne
songerait pas à vérifier une éventuelle clientèle à l'extérieur.
Puis j'allai m'asseoir à l'une des tables d'angle, tout-à-fait à
gauche de l'entrée du bar.
mercredi 22 août 2012
J'ai lu : N'espérez pas vous débarrasser des livres !
Avant
de vous parler de certains livres que j'ai lus (ou pas, si je suis
d'humeur taquine), j'aimerais commencer par vous parler des livres en
général, à travers un livre particulier. Il s'agit de "N'espérez
pas vous débarrasser des livres", qui rassemble des entretiens
entre Jean-Claude Carrière et Umberto Eco, animés par Jean-Philippe
de Tonnac. En gros, ce petit ouvrage répond à la question (ou jette
de l'huile sur le feu de la polémique, si vous préférez) de
l'avenir des bons vieux bouquins de papier, en cette ère joyeuse du
numérique balbutiant. Qu'en pensent donc ces deux grands penseurs ?
(que je ne présenterai pas ici, sans quoi on y serait encore à
noël).
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littérature,
société,
technologie
mardi 21 août 2012
Certes, Spinoza encule Hegel ; mais qui enculait Spinoza?
![]() |
| Caméra de surveillance du XIIIe siècle. |
Je viens de lire Les Tics... Pardon : L'éthique de Spinoza.
La proposition XI dit ceci : "Dieu, autrement dit une substance constituée par une infinité d'attributs, dont chacun exprime une essence éternelle et infinie, existe nécessairement."
La "démonstration" est la suivante : "Si vous le niez, concevez s'il est possible, que Dieu n'existe pas. Donc, son essence n'enveloppe pas l'existence. Or, cela est absurde : donc Dieu existe nécessairement."
Ouaouh ! Encore plus fort que Kant et sa "preuve" ontologique! Mais si, rappelez-vous : "Dieu existe parce qu'il ne peut pas ne pas exister".
lundi 20 août 2012
Roland C. Wagner est mort...
Les "pros" font le "poing" sur le livre "numérique"
Compte
rendu de la journée d'information
sur
le livre numérique du 28 mars 2012
(Nîmes,
carré d'art)
A
cause d'un rendez-vous administratif matinal1,
j'arrive en retard, vers 10h45. L'intervention des deux membres de la
SGDL, prévue à 11 heures, est pourtant déjà entamée !
Ils sont en train de rendre compte de l'action de concertation de
leur organisme, notamment en matière de négociations des droits
entre auteurs et éditeurs (lesquels seront désormais appelés ici
les A et les É).
Libellés :
édition,
littérature,
technologie,
vécu
Le Chant des voisins
Voisin qui as un beau jardin
ou bien un lit à baldaquin
dedans tu as mis un chien
c’est bien, c’est bien
et même mieux : c’est pas rien
Voisin qui, dans ton jardin
ou dans ton lit à baldaquin
as mis un bon gros chien
tu laisses la garde de tes biens
à ton chien
samedi 18 août 2012
A l'attention de M. le Députain
Monsieur le députain
(version française)
En 1990, je bullais dans
un stage. Un intervenant (moustachu, chauve et 3-pièces+cravate) vint nous causer de
la future Europe. Il présenta cartes et diagrammes ; il n'avait rien à
faire dans une formation professionnelle mais le faisait très bien. En sortant
un magnétophone, il nous "informa" que l'Europe avait un hymne
"officiel", l'Hymne à la joie de Beethoven, et que, comme tous
les hymnes, celui-ci s'écoutait debout. Incrédule, je vis dix de mes onze
camarades se lever ; la onzième hésita puis se leva quand même. Le cravaté
me toisa alors : « Je disais : cela s'écoute debout ». Je
l'informai démocratiquement : « Je ne me lève pas pour les
hymnes. » « Ah, oui ? glapit-il. Eh bien, pas loin d'ici, il y a
des gens qui se lèvent pour la
Coupo Santo ! » Puis il poussa le volume à
fond. J'hésitai alors à m'emparer de l'engin nasillard pour le fracasser contre
un mur ; mais d'abord, j'aurais dû me lever, et le costumé en aurait conçu
un bref sentiment de triomphe ; ensuite, je me souvins que Beethoven était
mort sourd, ce qui est la plus belle des bénédictions pour un musicien ;
enfin, j'avais compris que la stupidité insondable de sa repartie était de la
rhétorique pure, du concentré de sectarisme crétin, bref, de la connardise
absolue. J'avais rencontré mon premier lobbyiste, un de ces ânes bâtés sans qui
les idéologies ne parviendraient jamais à s'imposer aux peuples, et
certainement futur députain (voulais-je dire "député
européen" ?). Le supplice se prolongea. Je regardais mes drougs
bien dressés. Une seule finit par se rasseoir, peu avant la fin, celle qui
avait hésité. Douze ans plus tard, les banquiers européens s'engraissaient sur
le dos des peuples en "imposant" l'euro (au double sens du terme).
Vas-y, Ludwig, fais-nous
pleurer de joie ! Moi, il y a longtemps que je me suis défoncé les tympans
médiatiques.
+
Maurice Dantec ou l'art du raccourci
Aujourd'hui, plus par désoeuvrement qu'autre chose, j'ai ouvert un livre de Maurice G. Dantec, Le théâtre des opérations (journal métaphysique et polémique). Je voulais peut-être lui donner une seconde chance ; je me souvenais d'avoir lu Les racines du mal il y a longtemps, et de n'en avoir pas retiré grand-chose (ah, si ! J'avais bien rigolé avec les "écheveaux de frise").
Pour ma première pêche, je suis tombé sur ce passage (p. 39) :
"La différence entre la démocratie en Europe et en Amérique [...] : pour l'une la démocratie capitaliste industrielle est la ligne d'arrivée d'une longue course de deux mille ans, pour l'autre c'est la ligne de départ. C'est pour cette raison que je me suis exilé en Amérique. Elle est le seul endroit sur cette Terre où la démocratie puisse être dépassée." (C'est lui qui souligne).
J'ai rapidement lu la page suivante pour voir s'il expliquait comment on passe directement du capitalisme à la démocratie ; ça n'y était pas. J'ai cru qu'il l'avait expliqué avant et j'ai lu la page précédente ; ça n'y était pas non plus.
J'en ai déduit que M. Dantec croit plusieurs choses : que le capitalisme a commencé en même temps que le christianisme ; que l'économie libérale engendre fatalement la démocratie (il a un alibi : son argument date d'avant le 11/09/2001) ; et que ses lecteurs ne voient pas le sparadrap et les élastiques qui maintiennent tant bien que mal ses constructions mentales.
J'ai préféré laisser le livre (et son auteur) se reposer et me suis plongé aussi sec dans une bonne vieille utopie, L'histoire des Sévarambes de Denis Veiras (ou Vairasse) ; lui, au moins, n'était pas stressé par le bogue de l'an 2000.
vendredi 17 août 2012
Révélation au Groland : l'aïeul de Michael Kael découvert
Grâce à des recherches linguistiques vachement poussées, on a découvert récemment un lien primordial entre la Présipauté de Groland et l'un des plus grands philosophes de l'histoire de l'humanité. Suivez bien le raisonnement, c'est pas évident :
En hébreu, Baruch signifie "béni", ce qui se traduit par Benedictus en latin et a donné Benoît en français.
Bon.
jeudi 16 août 2012
REAMDE de Neal Stephenson
![]() |
| Schéma de l'intrigue |
Reamde
roman de Neal Stephenson
roman de Neal Stephenson
« Limez-zoi,
ou il vous en cuira ! »
Avertissement du blogueur : cette chronique raconte tout le livre, et même plus.
Trois
ans à peine après le sublimissime Anathem (dont la
traduction en français est actuellement perdue dans les limbes
éditoriales d'un éditeur que je ne nommerai pas, de peur de créer
un caillot sur votre écran), Neal Stephenson revient à l'assaut
avec un autre pavé de plus de mille pages, au titre mystérieux
quoique-pas-tant-que-ça-pour-peu-qu'on-y-réfléchisse :
Reamde. Non, non, ce n'est pas une faute ; ou plutôt si,
c'en est une, mais elle a été voulue par l'auteur (c'est-à-dire
que, pour une fois, ce n'est pas l'éditeur qui s'est gouré). Il
faut donc bel et bien... lire Reamde !
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lundi 13 août 2012
Merci, Chirac ! (Je plaisante...)
Un
soir, quand j'avais vingt-trois ans, en rentrant chez nous avec ma
compagne, nous avons croisé un groupe de bidasses en virée. La
largeur de la rue aurait pu nous permettre de les éviter
soigneusement. Mais l'un d'eux préféra se détacher du groupe, vint vers nous
et se mit à beugler : « Ta meuf, elle a un de ces culs,
j'y foutrais bien ma pine ! »
Puis
il a continué son chemin, sans être renversé par un bus ni puni
par Superman, sous les ricanements approbateurs de ses quinze camarades
à forme humaine.
Sept ans plus tard, l'individu Chirac nous débarrassait enfin de l'engeance répugnante des troufions et les reversait au chômage national, tout en reprenant les essais nucléaires dans le Pacifique pour faire plaisir à ses potes militaires et scientifiques, au mépris de la volonté internationale et des populations locales. Encore un qui crèvera vieux, dans son lit, milliardaire et entouré de l'affection des siens...
Beurk !
Beurk !
![]() |
| Marcel Gotlieb (copyright 1970) |
vendredi 10 août 2012
SLAM de Mark Levin
Slam
est plus grand qu'un film. C'est un obélisque surgi du sol au beau
milieu d'une piste olympique que le fantôme de Jesse Owens est venu
percuter de plein fouet. Soixante ans après, le poing s'est abattu
plusieurs fois, pas toujours sur les bonnes cibles, peut-être. Mais
existait-il une cible pour ce poing-là ? Slam parle de
courage envers soi-même, de cette volonté qui consiste à vivre
selon sa conscience, et non à se défendre en attaquant le monde
extérieur, sous prétexte que c'est forcément lui qui a tort.
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poème,
utopie
jeudi 9 août 2012
Le club de l'existence
Bienvenue au Club de
l’Existence
Chers membres
du club de l’existence
Vous êtes allés voter
sans résistance.
Petit peuple
à-fond-la-France
Tu es allé voter pour
pas-de-chance.
Petits
héros sans parti pris
Vous avez fait la queue
devant les isoloires de la démocratie
Pour expliquer encore un
coup qu’il y a du bon, chez Berlusconi
Pour prouver une fois de
plus que Hitler avait tout compris
Pour clamer bien haut
qu’on a tort de faire l’affine-Bush.
Petit peuple de
France à la liberté qui craque
Tu as toujours eu un
faible pour les hommes
A têtes de
chapeau-claque
« Napoléon-bicorne
a sauvé la France ! »
« Képi-de Gaulle a
sauvé la France ! »
Et Chirac,
alors, c’est sa calvitie ?
Ou Sarkozy, sa moumoute ?
On aurait pu avoir Jaurès,
quand même –
C’est con de lui avoir
fait sauter le gibus.
vendredi 3 août 2012
Théâtre de Rue : Faunèmes par L'éléphant vert
| Photo DR |
Faunèmes
un spectacle de la Compagnie
l’éléphant vert
Tremblement de taire
L
|
es enfants
japonais connaissent depuis longtemps ces poupées sans jambes dont le fond est
plombé, les Daruma. Nous les avons
appelées Culbuto.
C'est peut-être une coïncidanse, mais au
premier regard, les Faunèmes ne
semblent pas avoir de jambes non plus. Ils font penser à des derviches de cuir.
Un rien les bouscule ; mais ce rien, il faudrait être sourd pour ne pas
voir d’où il vient. Ce rien leur fait tourner la tête comme un parfum capital.
A petits coups de nuque, ils auscultent la rue, leur domaine. Ils la mesurent.
Ils calculent son volume. Et quand ils l’ont bien jaugée, ils l’envahissongent,
comme des chimères à la trompe raffinée.
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