vendredi 19 mai 2017

Il était une mauvaise foi: Chapitre 2

2. POURQUOI SONT-ILS SI MÉCHANTS puisqu'ils ne sauraient être aussi cons ?

Notre Maison publie des livres de cuisine rapide pour célibataires pressés, des contes pour enfants fabriqués à la chaîne par des pédagogues professionnels, des polars flottants pour lire dans la baignoire, des guides de voyage si précis qu'ils donnent envie de rester à la maison, des micro-classiques pour se cultiver pendant les embouteillages, des best-sellers écrits par des ordinateurs, des essais sponsorisés, des encyclopédies de poche, des poèmes d'hominiens politiques, des réflexions philosophiques d'animateurs télé, des confessions d'évêque véreux, des beaux livres sur les perroquets, les dessous coquins, les étiquettes de fromages, les orchidées et les pantoufles... Nous pourrions nous passer de Littérature, ce qui est une option sérieusement envisagée. Le cheval n'a pas besoin de sa queue. D'ailleurs, dans les vestiges de notre département littéraire, nous avons de grands défunts à exploiter, des écrivains délicieusement morts qui ne demandent qu'à bien marcher. Les morts, c'est toujours très vendeur, encore plus que les jolies femmes. Si nous gardons quelques vivants, c'est pour que notre catalogue ne ressemble pas trop à un ossuaire.
Henri-Frédéric BLANC, Nuit gravement au salut

mardi 2 mai 2017

Il était une mauvaise foi: Chapitre 1

Il était une mauvaise foi..

(quinze ans dans les soutes de l'édition française)

 
Il est temps qu'un texte de loi

Prive les éditeurs de leurs droits

Puisqu'on fourre en prison les souteneurs ordinaires.

Et encore... eux... leurs putains les aiment.
Boris VIAN

 

1. ÉTAT DES LIEUX

Tu sais où tu peux te les mettre, tes Cachou, Karpov ?
Bob SAINT-CLAR


1.1 DE LA MISÈRE EN MILIEU ÉDITORIAL

Vous venez d'entamer la lecture d'Il était une mauvaise foi. Vous ne le lisez pas par hasard. Vous ne lisez jamais rien au hasard ; c'est trop "risqué". Il y a tant de livres publiés, de nos jours ; on a d'autant plus de chances de tomber sur un "mauvais". C'est ce que vous vous dites.

mardi 10 janvier 2017

Récupération intégrale de mes droits

J'ai décidé de récupérer l'intégralité des droits concernant mes ouvrages, quels que soient l'état et le contenu des contrats qui me "lient" à "mes" éditeurs. Certains de ces derniers n'hésiteront pas à arguer que cette récupération n'est pas valide, voire illégale ou illégitime. Plus probablement, ils réagiront à leur manière habituelle, c'est-à-dire par une indifférence calculée. Non seulement je suis prêt à discuter de cette validité dans un tribunal mais j'estime que la question vient précisément de là : le contrat en était-il bien un ? Le papier que j'ai signé parce qu'on ne me proposait rien d'autre avait-il le sens d'un contrat véritable ? Son égalité de principe (telle qu'elle est stipulée par l'article 132-1 du Code de la Propriété intellectuelle) a-t-elle été respectée dans ses termes par l'autre partie ?
J'estime que la réponse à ces trois questions est la même : non.
Afin d'éclairer mes propos, je vais détailler les raisons de cette rupture totale et irréversible.

- Le Peuple de Mü : la rupture a été "négociée" avec l'éditeur Davy Athuil ; la cause est la suivante : sous prétexte qu'il a été arnaqué par son diffuseur SoBook en 2015 (après une défection technique, en 2014, de son premier diffuseur Sodis, défection plus que douteuse, puisque ce diffuseur n'a tout bonnement pas daigné faire son travail), Davy Athuil a soudain cessé toute communication, me laissant dans le flou complet quant à nos nombreux projets en cours (ajoutons à cela six mois de retard dans le versement de mes droits 2015, versement qui a été effectué sans m'en informer le moins du monde). Cette attitude puérile et irresponsable ne permet pas une collaboration sereine et mutuellement profitable (ce qui est, il faut le rappeller, le but de tout contrat). Le Tome 2 des Vicariants est sorti le 23 novembre sans que j'en aie été informé ; et je ne sais rien du volume 2+1, une application numérique censée avoir reçu une subvention, dont je ne verrai peut-être jamais la couleur. A l'heure où j'écris ces lignes, je n'ai toujours pas reçu mes 5 exemplaires de complaisance.
Comme prévu dans ce cas, j'ai repris les droits de la collection Adynata, tout en laissant à l'auteur Sonia Quémener le choix de me suivre ou de rester au PdM.

- actuSF : alors qu'il déclarait (dans l'une de ses rares et fort irrégulières redditions de compte) avoir encore une cinquantaine d'exemplaires de mon roman La Digitale (publié en 2010) en stock, l'éditeur Jérôme Vincent a déclaré sur son site de ventes que ledit roman était épuisé. Pire encore : alors que celui-ci s'était bien vendu (370 ex. sur 500 en deux ans), l'individu Vincent a refusé de procéder à une ré-édition, reléguant de fait le livre à l'oubli. Lorsque je lui ai signifié, en 2014, que je comptais récupérer mes droits suite à son incompétence et son iniquité, il a joué les grands incompris, voire les princes bafoués. Dans l'incapacité de s'étouffer avec sa mauvaise foi (c'est d'ailleurs à ça qu'on la reconnaît : elle n'étouffe que ceux qui la subissent, pas ceux qui la sécrètent), il a condescendu à me laisser récupérer mes droits. Son avis en la matière n'avait en fait aucun intérêt. Il était hors de question qu'un éditeur aussi incompétent et irrespectueux maintienne La Digitale aux oubliettes décrétées par son irresponsabilité crasse.
Depuis, plus aucun de mes livres n'est diffusé en librairie, et je sais de source sûre qu'il offre des exemplaires de La Digitale.

- L'Aube : le cas de ce pseudo-éditeur en sciences sociales est encore plus caricatural que le précédent. Fondé par un universitaire qui voulait être sûr de voir ses écrits publiés (le rejet pousse à tous les désespoirs), la publication des Désamants chez cette maison est le résultat d'un concours de circonstances. Héléna Demirdjian, ma co-auteur, a été en effet recommandée auprès de cette maison par l'un de ses enseignants, personnalité littéraire (Gérard Chaliand) nationalement reconnue. Dès les premiers e-mails concernant la négociation du contrat, j'ai su qu'il y aurait des problèmes. Il y eut les menaces plus ou moins voilées, le mépris à peine déguisé, et la condescendance plus ou moins appuyée.. bref, le lot habituel de la communication éditeurs-auteurs quand l'éditeur se prend pour le patron.
Si l'ouvrage lui-même a été bien conçu (encore que nous n'ayions rien eu à dire sur la couverture, qui nous a été imposée sans la moindre concertation), il n'a pas été promu par l'éditeur, comme le contrat l'y oblige. L'unique séance de signatures au Cultura de Marseille a été qualifiée de semi-fiasco par la stagiaire âgée de 20 ans qui l'a organisée (ce qui prouve que certaines personnes, bien que littéraires, confondent le sens de la litote et celui de l'ironie). Pire encore, je n'ai jamais reçu la moindre reddition de comptes ; chacun de ces points constitue une violation flagrante des engagements de l'éditeur.
En l'occurrence, il n'est pas nécessaire d'envoyer une mise en demeure à cet éditeur aussi virtuel que véreux. Sa défec(a)tion est totale.

- L'Atalante : le sujet le plus triste et le plus complexe de ce "dossier". Mon seul livre chez eux, La Bibliothèque nomédienne, est un collectif. Je ne peux donc décider pour les six autres auteurs, qui ont plus ou moins disparu dans les limbes d'internet (à l'exception de Marc Vassart, si totalement dégoûté par ses rapports avec des éditeurs qu'il a totalement cessé de chercher à être édité, ce qui prive le public de son chef-d'oeuvre en frîche De terre et de mer inconnues..)
L'affaire est d'autant plus pitoyable que la phase d'élaboration du livre s'est déroulée comme en rêve (en plus du fait que L'Atalante est l'un des deux seuls éditeurs à m'avoir payé décemment). Les choses n'ont commencé à se gâter que trois mois après la sortie du livre en septembre 2008. Alors que Mireille Rivalland et un représentant du diffuseur Harmonia Mundi m'avaient promis (en présence de Pierre Michaux, éditeur, et de Soledad Otone, responsable de diffusion) que le livre serait promu et diffusé pendant une année complète, étant donné son atypisme et sa forme spéciale, il fut en réalité retiré des rayons de librairie dès le mois de janvier 2009. Un libraire à qui j'en faisais la remarque m'a dit en souriant : "Eh oui! Il fallait bien faire de la place aux merdes de Bragelonne." Que cette décision ait été pris par des responsables d'Harmonia Mundi (un diffuseur qui pratique l'ingérence dans les ouvrages des éditeurs qu'il diffuse) m'importe peu ; que l'Atalante ait changé de diffuseur par la suite (sans pour autant m'en avertir) est tout à leur honneur ; mais ils n'ont pas donné de seconde chance à La Bibliothèque nomédienne. Ils ne l'ont pas non plus sortie en poche, promesse pourtant faite par Mireille Rivalland en mars 2009, seule communication qu'elle a daigné m'adresser depuis la sortie du livre.
Ils n'ont plus rien fait.
Je mentionnerai aussi leurs redditions de comptes, si incompréhensibles et changeantes qu'à ce jour, je ne sais toujours pas combien d'exemplaires ont été fabriqués à l'origine, bien que j'aie posé la question à plusieurs reprises. Le savent-ils eux-mêmes ? Au moins me payent-ils (encore qu'irrégulièrement et avec trois ans de retard) les droits SOFIA liés aux emprunts en bibliothèques. Ils sont les seuls à le faire.

Je ne m'attarderai pas sur les éditeurs de mes traductions. Le risible Au Diable vauvert (qui publient des traductions contenant plus de 15.000 fautes et les ré-éditent telles quelles) et La lamentable Volte (qui croient qu'une traduction est un ouvrage collectif), qui envoient au petit bonheur la chance des redditions de compte minimalistes, me redemandent régulièrement une adresse qui n'a pas changé, se fendant ainsi d'une obligation légale à bon compte, pour ne pas dire à bonne conscience.. si ce terme a du sens pour eux.

Passons aussi sur les divers "éditeurs" numériques nés dans les années 2010, dont les contrats oscillent de l'improbable à l'absurde en passant par l'inepte, l'imbitable et le franchement débile. Ils mourront de leur petite mort et laisseront la place à d'autres, tout aussi inconséquents. Trouver un éditeur compétent, respectueux et responsable est devenu aussi vain que de tomber sur un fonctionnaire prêt à aider un contribuable plutôt que de l'enfoncer dans la merde.
L'accumulation intolérable de toutes ces raisons aussi puériles que minables ont fini par réduire ma patience en charpie. Traiter avec un éditeur aujourd'hui est aussi éreintant que voué à l'échec. Pire encore : l'issue la plus courante est qu'à force de fréquenter d'autres éditeurs, il deviendra fatalement comme eux. C'est "normal", direz-vous : lui aussi veut survivre ; il apprend donc auprès de ceux qui ont survécu et cherche à leur ressembler pour ne pas leur faire peur. Il oublie, ce faisant, que la principale raison pour laquelle eux ont survécu, c'est qu'ils ont fait le ménage autour d'eux et ont fait plier les dissidents, détruisant leur originalité.
A vrai dire, après coup, je me suis aperçu que l'éditeur Davy Athuil a commencé à développer des réflexes de mauvais éditeur peu de temps après avoir rencontré Jérôme Vincent, éditeur d'actuSF. Coïncidence ? Je n'y crois pas.
D'où mon conseil aux auteurs en herbe qui veulent absolument être édités à compte d'éditeur, estimant que c'est encore le graal de l'écrivain du XXIe siècle : quitte à passer entre les pattes d'un éditeur classique (qu'il fasse dans le numérique, le papier ou les deux, same difference..), cueillez-le dans les deux premières années de son existence. Ensuite, il sera trop tard. Soit vous lui rapporterez assez de fric pour absorber la fabrication de vos livres et il vous respectera uniquement pour cela, soit ce ne sera pas le cas et vous serez catalogué/e "auteur (génial mais) difficile" ; alors il vous rejettera sans ménagement (s'il a une once de courage) ou il vous négligera jusqu'à l'oubli (s'il est lâche, comme tout le monde).

De tout ceci et de quelques autres choses (que j'ai détaillées dans le pamphlet Il était une mauvaise foi, qu'un éditeur voulait éditer mais qui, après avoir tergiversé pendant plus de deux ans, a.. disparu), il découle que "mes" éditeurs, de par leur négligence, leur incompétence, leur iniquité, leur malhonnêteté, leur irrespect, leur stupidité ou n'importe quelle combinaison d'autres "qualités" humaines, ont tous forclos leurs droits de m'exploiter, moi et mes travaux ; que ce soit de mon vivant ou après ma mort. Seuls mes amis ou ma famille auront le droit d'exploiter mes travaux après mon décès.
Dans les mois qui viennent, ces travaux seront donc peu à peu mis en ligne, au format numérique tout d'abord (plus tard, papier, si mes moyens me le permettent et si je trouve un imprimeur honnête) sous l'égide d'ADYNATA, une coopérative informelle d'auteurs désireux de se passer d'éditeurs. J'invite donc d'autres auteurs, déçus (le mot est faible, dans ces circonstances) par "leurs" éditeurs, à rejoindre la coopérative.
Pour l'heure (2017), il ne s'agira que d'une appellation non contrôlée, un signe de reconnaissance sans le moindre engagement. Si, d'ici 2018, les choses se mettent en place à la satisfaction de tous, nous nous réunirons pour réfléchir à une forme plus large, efficace et pérenne, en tout cas, une forme qui n'aura rien à voir avec une maison d'édition classique, c'est-à-dire née dans la bourgeoisie XIXe et défendue par un système juridique obsolète et profondément inique.

mercredi 23 novembre 2016

Parutions de fin d'année 2016

Vient de paraître.. sans tambour ni trompette.

Le Vol. 2+1 paraîtra bientôt, sous une forme et à une date inconnues.


FANTAISIE BAROQUE, roman libertin (pour adultes), est paru en version numérique.

Design et illustration de couverture par Julie Mornelli.

Lien vers Amazon.

mardi 13 septembre 2016

LA CHORUSCANTE

Voilà, ça y est !
J'ai goûté au bonheur.

Le bonheur
(je veux dire, le mien
le vôtre, je m'en balance)
a les yeux verts
la peau coruscante
la voix dénudée et
un nom de princesse guerrière..

lundi 22 août 2016

#RaysDay 2016 : CE QUE NOUS FAISONS EST SECRET

Nous sombrerons dans le sommeil
à six heures, ding, dong,
très loin, très loin,
adieu, adieu, adieu.
The STOOGES, We will fall

Quelque part entre l’invention de la cassette et celle du compact-disc, en Californie

Le jeune homme, un peu gauche, au port d’épaules timidement démenti par son rictus canaille, écarta le rideau de perles et s’arrêta sur le seuil ; hésitait-il à le franchir ? La pénombre empêchait de voir si son expression était complexe ou simplement effrayée.

lundi 18 juillet 2016

Que faire pour avoir la paix dans le monde ?

Mes chers co-astriotes (oui, nous ne partageons par forcément la même patrie ou la même couleur de peau, mais nous partageons le même astre; c'est indubitable), voici une liste (non exhaustive, rassurez-vous) des quelques bricoles qu'il nous faudra supprimer si nous voulons avoir la paix dans le monde.. pardon, la Paix dans le Monde:


mercredi 13 juillet 2016

1er Festival Les Carnets : la Chronique intégrale

 En ces 2 et 3 juillet de l'an 2016 à La-Roque-d'Anthéron, tout était là et bien là: ombre et soleil, chaleur de l'aprés-midi et fraîcheur du crépuscule, livres et carnets, papiers et crayons, dessins et croquis, auteurs et voyageurs, éditeurs et croqueurs, lectures et conférences, musiciens et chanteurs, expositions et ateliers, tables et chaises, vin rosé et petits plats, le plein et le vide, un concours de nouvelles et un de connaissances..
 


Pendant deux jours, la quarantaine d'auteurs, illustrateurs, carnettistes, éditeurs (et un libraire : Mot à Mot, de Pertuis) invités par Catherine Mézan ont eu à leur disposition une infinité de sujets à croquer, et ils ne s'en sont pas privés.


A l'image de la place de la République, tout était grand ouvert. Dans l'ancienne mairie, la salle des mariages accueillait l'exposition d'œuvres exécutées par les élèves du collège du Puy-sainte-Réparade, objets ramenés d'un voyage (imaginaire) en Molvanie, ainsi que des conférences, dont celle de Philippe Bichon, qui est non seulement voyageur mais croqueur et musicien, puisqu'il accompagnait ses commentaires en jouant du oud.



Au rez-de-chaussée, Marc Granier, de l'atelier des Monteils, a animé deux séances de typo-gravure, en sus des ateliers qu'il a menés en parallèle avec les élèves.


  
Sur la place, Baptistine Mésange apprenait à faire un carnet en forme d'accordéon ; car un carnet a le droit être comme le voyage qu'il illustre : pas forcément linéaire.

 
Côté expositions, Ludovic Iacovo présentait ses ouvrages juste en face de son "Jardin-carnet".


Raphaël Monticelli.



Dans un coin de la place, plusieurs conférences-lectures se sont déroulées. Chacune était animée par un.e étudiant.e de la licence de lettres modernes "Création littéraire et cinématographique" de l'université Aix-Marseille.

René Pons.
Charles Juliet.

Charles Juliet, René Pons et Raphaël Monticelli ont ainsi lu des extraits de leurs textes et répondu aux questions du public et des étudiants.


Laurent Herrou et Alain Callès, quant à eux, ont fait une lecture croisée de textes écrits à quatre mains.



Et comme l'ambiance chaleureuse s'y prêtait et que le micro restait parfois ouvert (la faute à qui ? on ne se le demande pas et on en profite), quelques iconoclastes s'en sont emparés pour faire des lectures sauvages, notamment Philippe Hauer et Anne David (et un troisième, dont le nom m'échappe).
 
Le public a même été ravi d'écouter deux chansons gouailleuses entonnées par Eric Maliszkiewicz avec un enthousiasme communicatif digne des meilleurs cabarets.

Le concours de nouvelles sur le thème "Aujourd'hui, rien" a récompensé une dizaine d'auteurs, dont les textes ont été publiés en recueil par les éditions Vanloo sous le titre "Ce jour de rien".



Entre les conférences, les ateliers, les expositions, les lectures et les stands, le public avait largement de quoi s'occuper. Sans bousculade, tout le monde a pu discuter librement avec son ou ses auteurs en prenant le temps nécessaire.



Après cette réussite sans détour, la barre est haut-placée pour la deuxième édition ; Catherine Mézan et son équipe de bénévoles relèveront sans nul doute ce défi.

On en fourmille d'impatience et d'idées..






GALERIES d'IMAGES
Quelques portraits pour traits

Pierre Croux
"Le croqueur peut transporter son point de vue ; il a inventé le drone avant l'heure. Par exemple, il peut rassembler en un seul croquis tous les éléments qu'il a vus tout au long d'une exposition ; ou montrer une scène nocturne qu'un flash ne peut capter." Pierre Croux, le globe-croqueur de presque quatre fois vingt ans, dessine plus vite que son ombre ; ce n'est pas pour rien qu'il porte ses feutres dans un carquois, à la hanche, prêts à dégainer. "Le croqueur ne dessine pas ce qu'il voit, mais ce qu'il sait." Ancien architecte issu de l'école des Beaux-Arts, Pierre Croux a eu la fibre voyageuse toute sa vie ; au point qu'il ne lui reste qu'une poignée de pays à visiter. Et même s'il retourne quelque part, chacun de ses futurs voyages sera l'occasion d'un de ses extraordinaires "Carnets de voyage".
(Et si l'on m'avait dit un jour qu'une conférence pourrait m'émouvoir comme une pièce de théâtre réussie, je ne l'aurais pas cru. C'est pourtant bien ce qui est arrivé.)

Baptistine Mésange est illustratrice pour la jeunesse. Publiée chez plusieurs éditeurs (Cépages, Pour penser à l'endroit, Alice-jeunesse, Editions du Jasmin, Philomène..) elle promène son regard sur le monde avec la légèreté d'un oiseau. "Dans chacun de mes livres, j'ai voulu mettre un morceau de moi. Mais un seul à la fois !" Car, tout en étant des contes, ses ouvrages (collages, tampons encrés, techniques multiples..) sont toujours un peu autobiographiques. "Chloum", son dernier ouvrage, est publié chez La Pimpante.
Cécile Lecomte : assise à côté de son auteure du jour, la fondatrice des éditions La Pimpante a publié 25 titres en deux ans d'existence. Devenir éditrice fut une "drôle d'idée", qui lui est venue en travaillant sur "L'enfant qui voulait vivre sa vie" de Rosalie Bird et Mam'zelle Roüge ; il est devenu le premier ouvrage de La Pimpante et lui a donné l'envie de travailler sur des problèmatiques sensibles, que d'autres éditeurs jeunesse n'abordent pas forcément. Par exemple, bien que son planning soit plein jusqu'en 2018, elle cherche un roman pour les adolescents traitant de questions environnementales.
Basée à Arles, La Pimpante tient un stand devant le lieu "Glaneurs, glaneurs" (rue Réattu) presque tous les après-midi de juillet, du mardi au vendredi. Une autre de ses auteurs, Anne Clairet, sera présente le 25 juillet à Bagnols-sur-Cèze. www.lapimpante.com

Le fondateur des éditions Vanloo, Philippe Hauer, aime beaucoup le sport ; à sa manière. Ses chroniques sportives rassemblées sous le titre "30 tours de stade" sauront faire rire ceux qui ont une dent contre le sport-spectacle et ses dérives ; il pourrait même en convaincre certains (mais pas moi ; y a des limites à ma crédulité). Fondée en 2013 à Aix-en-Provence (aujourd'hui à Villelaure), la maison publie "plutôt des romanciers-novellistes-poètes, si possible en petits formats de 80 à 100 pages". Avec onze titres, on sait tout de suite que Philippe Hauer se donne le temps de travailler chaque ouvrage. Amoureux de Marseille (il faisait partie de l'équipe de départ du café-concert L'Embobineuse), Philippe Hauer s'est fait plaisir en publiant le roman "Villa Air-Bel" de Bruno Leydet, qui raconte comment le journaliste américain Varian Fry organisa une filière de sauvetage d'artistes pendant l'occupation allemande.
 
Le recueil d'Anne David, "Chroniques d'une branleuse", raconte la vie quotidienne d'une chômeuse qui voudrait bien qu'on lui parle d'autre chose que de son "état préoccupant".







Note du photographe: au naturel, Anna Elle Prado n'est pas floue du tout.
Anna Elle Prado est présente sur les réseaux sociaux. Elle vient de publier "L'équilibre des choses", où elle raconte l'année sabbatique qui lui a tout simplement sauvé la vie. Tout est vrai dans ce tour du monde, qui l'a menée au Moyen-Orient, en Asie, en Océanie et en Amérique du sud. Pour l'heure, revenue au bercail marseillais, elle laisse mûrir un roman dans sa tête, même si l'intrigue est toute prête.

Maurice Burel a voyagé en Australie et en Lybie. Il a publié son journal de voyage, qu'il a tenu au fil du temps et des kilomètres.

Agnès Olive a écrit le "Journal de Monalisa", une sorte de Journal de Bridget Jones avec Marseille en guise de second rôle. "Monalisa est une libraire marseillaise, marrante mais bourrée de contradictions."



Je dédie la galerie suivante à tous ceux que j'ai oublié d'interroger, d'approcher, ou qui ont été sabrés par le journal, et à qui je demande àgenouillément pardon: Andrée, Eric, Xavier, Blanche et tant d'autres. L'année prochaine, ils auront droit à une pleine page. Chacun. Du moins, si je deviens rédacteur-en-chef..

Jean-Marc Quaranta, parlant des carnets de Proust.

Raphaël Monticelli et Manon, étudiante, préparant la lecture de quelques-unes de ses "Bribes".

Valérie Aboulker et ses créations.

Catherine Moullé sur son stand.

Au premier plan, Max Sauze, qui exposait des "livres fermés'; à droite, sous un chapeau de paille, Jean André, croc'jardinier infatigable.

GALERIE des ATELIERS

Ecriture avec Lydia Schettini

Fabrication d'un carnet papier, avec Laurence André-Decaesteker.

Audrey Hamon, stagiaire de choc, délivre un message aux participants de l'atelier "Découverte du carnet de voyage" animé par Catherine Moullé.

 GALERIE de l'INSOLITE
Buvette à l'ombre, vue d'en haut.

La même, vue d'en bas.
Valérie, bénévole jusqu'au bout des yeux.

Coline : "Va, bénévole et nous venge !"

Une voyageture ou une voituriage ?

Un complot ou un problème de portable ?

Caméraman de France3 filmant Thibaud de Beschart en train de dessiner l'un de ses jardins imaginaires. Note: si quelqu'un m'a dessiné en train de les photographier, on devrait pouvoir monter une installation multi-média vertigineuse. Ecrire au blog, qui transmettra.
Merci à toustes pour ces bons moments.

N'hésitez pas à me signaler en commentaire les éventuelles erreurs, que je corrigerai sans barguigner. De même, si vous ne souhaitez pas que votre minois ou vos créations figurent ici, exprimez-vous librement et je les renverrai en enfer. Ou encore, si vous avez une photo ou un croquis que vous avez pris pendant le festival et dont vous estimez qu'il mérite de figurer ici, alors, faites-le-moi glisser internautiquement et je le publierai (à vos risques et périls pleinement assumés).

dimanche 12 juin 2016

Traduire n'est pas "craduire"

L'excellente Levana Eckert (twitter: @LevanaEckert) m'a un jour posé quelques questions sur mon activité de traducteur. 






Dans quelle langue avez-vous l’habitude d’écrire ? Le français.

Ecrivez-vous parfois dans d’autres langues ? En anglais, depuis quatre ans. Je comprends le castillan et me débrouille dans cette langue, mais pas assez pour écrire.


Aimez-vous écrire dans d’autres langues ? Oui, mais ce n'est pas encore un plaisir aussi intense que celui que je ressens en écrivant dans ma langue maternelle (je veux dire, en écrivant ce que je désire écrire; parce qu'écrire sur commande est une torture de tous les instants). Un peu parce que je ne maîtrise pas l'anglais aussi bien, surtout parce que je parviens difficilement à échapper aux clichés en vigueur dans cette langue.


Avez-vous remarqué un changement dans votre style d’écriture selon la langue ? Ce que j'écris en anglais est plus étriqué, prévisible, plus proche d'une langue archétypale, donc moins riche et satisfaisant. Mais tout s'apprend avec le temps; et avec une bonne relectrice-correctrice (je veux dire un être humain, pas un logiciel), on fait d'excellents progrès.


Avez-vous déjà traduit vos propres textes ? Oui, notamment ceux de La Bibliothèque nomédienne, un projet collectif qui engageait des auteurs de plusieurs nationalités (UK, USA, Australie et France; il y a même eu une Philippine, qui écrivait en fr., angl. et castillan). Aujourd'hui encore, avec les textes du projet d'atelier collectif Voyageurs éperdus, je traduis au fur et à mesure, dans les deux sens, aussi bien mes textes que ceux des participants qui ne peuvent le faire eux-mêmes.


Quelle impression en gardez-vous ? Se traduire soi-même est une expérience étrange, dont la sensation la plus proche se situe quelque part entre les mots anglais awry et eldritch. Chaque phrase remet en question la valeur de ce que j'ai écrit en français; chaque possibilité que je n'avais pas en français me pousse à rechercher une nouvelle manière de dire les choses, qui serait moins bancale; tout en sachant que cette manière n'existe peut-être pas dans l'une des langues. C'est un exercice difficile, qui rend un peu nauséeux, voire qui fait croire aux fantômes; en fait, le seul moyen de s'en sortir honorablement et sans séquelle, c'est de se laisser aller, de ne pas essayer d'être fidèle à soi-même, d'être conscient de tout ce qui est perdu, de ne pas le regretter, et de le remplacer par des mots différents, non pas plus riches ou plus pauvres, mais différents, aliens; sans toutefois perdre le sens premier. C'est quasi impossible, bien sûr, et cela fait douloureusement prendre conscience que toute traduction entraîne une perte de qualité; le bon traducteur est celui qui compense cette perte par un gain de qualité différente, tout en préservant le sens et la volonté de l'auteur d'origine - même s'il est mort. D'où le rapport à l'étrangeté; même quand on traduit un auteur vivant, on discute avec quelqu'un qui ne peut pas vraiment vous répondre. Il peut vous aiguiller, vous éclairer, vous rabrouer, mais la réponse, c'est à vous de la trouver. (Et pendant que j'y pense, Beckett et Nabokov furent des exceptions).


Le referiez-vous ? Il ne se passe pas de semaine sans que je traduise l'un de mes propres textes, en thème ou en version. J'ai même écrit un roman à quatre mains en anglais, qui est en passe d'être publié et sera entièrement traduit en français. Un jour.


Quel serait votre motivation pour traduire l’un de vos textes ? Il peut y en avoir plusieurs: la nécessité d'être suivi et compris par tous les participants de mes ateliers. L'envie d'être lu par un public anglo-saxon. La possibilité d'une publication internationale (ou une auto-édition sur le Net). Une rémunération décente (les traducteurs français sont parfois fort mal payés; cela peut aller du simple au triple, selon l'honnêteté et les moyens de l'éditeur).


Avez-vous modifié, ré-écrit un de vos textes lors d’une traduction (suppression de phrases, par exemple) ? Oh, oui. J'ai même fait pire/mieux: j'ai travaillé en collaboration étroite avec l'auteur anglais James Flint sur son troisième roman The Book of Ash dans le but d'apporter des modifications enrichissantes dans la version française. L'auteur en a profité pour réinsérer dans la vf des éléments qu'il avait oblitérés parce qu'il n'avait pas réussi à les exprimer correctement; d'autres ont été ajoutés, auxquels il n'avait pas pensé sur le moment. Le plus important a été le titre, que nous avons cherché ensemble. En effet, le mot ash a un double sens qu'il est impossible de rendre en français ("cendre" et "frêne"); or, la personnalité du protagoniste du roman tourne autour de cette ambivalence: le surnom que lui donnait son père sculpteur était Ash, et le roman s'ouvre sur une scène où il reçoit une boîte contenant les cendres de son père, disparu depuis vingt ans. De plus, deux ans avant la sortie de ce livre, une tétralogie de Mary Gentle avait été exploitée en France sous le titre Le Livre de Cendre. Il était donc commercialement périlleux d'utiliser la même traduction pour le roman de James Flint (bien que c'eût été possible puisque les titres ne sont pas déposables1).

En fin de compte, nous avons décidé de changer totalement de registre, en tablant sur le seul domaine qui lie le fils et le père dans le roman, à savoir la physique nucléaire. Il nous fallait un titre porteur d'ambiguïté. Après avoir hésité pour La famille nucléaire, nous avons soudain pensé à Electrons libres. Et le déclic qui nous a permis de savoir avec certitude que c'était le bon titre n'avait rien de mystique. Quelques minutes plus tard, tout en fêtant la trouvaille avec un bon verre de vin, Jim repensa soudain à quelque chose. Il ouvrit fébrilement son livre, lut un paragraphe à haute voix, me demanda d'aller au même endroit sur mon manuscrit, et me dicta une phrase supplémentaire, qui contenait l'expression électrons libres, et que je traduisis aussitôt pour l'intégrer à la version française. Et Jim de conclure: "Now that makes sense.. at least to me!" C'est tout ce qui compte.

Pensez-vous qu’un traducteur autre que vous arriverait à un résultat très différent du vôtre ? L'inverse est improbable. Il existe plusieurs métaphores du phénomène de la traduction; pour moi, la plus parlante est celle d'une interprétation musicale. A partir d'une partition unique, il existe autant d'interprétations différentes que d'interprètes, multiplié par le nombre possible d'instruments, multiplié par les différents genres, tons et modes musicaux existants. Ce qui fait une quantité proche de l'infini.

Cette comparaison signifie que, pour moi, l'un des critères les plus importants pour choisir le mot juste, c'est sa musicalité. Je privilégie toujours la voix de l'auteur d'origine. C'est ma solution à la querelle de l'esprit ou de la lettre; ni l'un ni l'autre ne sont souhaitables, en tant que méthode unique. Quelque part entre l'aridité de la traduction technique et l'insipidité de l'adaptation approximative, je choisis l'instrument le plus proche de la voix de l'auteur, et je l'accorde au plus près. Je tente surtout de respecter son style sans lui imposer le mien. Tout au long d'une traduction, je garde à l'esprit cette image d'un instrument, dont la voix évoque celle de l'auteur. A vrai dire, tant que je n'ai pas trouvé cet instrument, je n'avance pas, je tâtonne.
Enfin, le travail le plus dur du traducteur à l'heure actuelle, c'est de résister aux bidouillages de l'éditeur, qui fera tout son possible pour transformer l'ouvrage de l'auteur original en produit commercial digne de plaire au public de son pays (c'est-à-dire à l'idée qu'il s'en fait, ce qui n'est pas du tout la même chose). Heureusement, en France, le traducteur est aussi un auteur (sous contrat d'édition); il a donc parfaitement le droit d'imposer son point de vue, au nom de l'auteur qu'il traduit et représente légitimement. On voit là que c'est une grande responsabilité, qui dépasse le rôle du simple technicien ou du passeur de sens. Et elle entraîne les mêmes risques que prend l'auteur à chaque fois qu'il négocie quoi que ce soit avec son éditeur: mise au ban, rupture de confiance, accusation délirante, etc.
Mais il y a bien pire, pour ne pas dire insidieux : certains éditeurs se laissent influencer par leur diffuseur (les gens qui font la pub) ou leur distributeur (les gens qui stockent les bouquins et les mettent dans des cartons) qui les poussent à intervenir et modifier le contenu des livres afin de les conformer à ce qu'ils estiment être le "goût du public". Sachez, par exemple, qu'un fameux détective ibérique est, dans ses traductions françaises, beaucoup moins macho que dans sa langue originale; il a même été question de lui "raser la moustache". Ou encore, l'héroïne d'un roman australien, amatrice de langage cru en anglais, s'exprime en français de façon nettement plus châtiée; résultat de la volonté d'un directeur de communication quelconque, qui estimait que le lectorat féminin serait choqué - au lieu d'avoir le courage de reconnaître que c'était lui qui l'était, et l'honnêteté de fermer sa gueule puisque cela ne le regardait pas, en plus d'être une violation des droits de l'auteure.

Enfin, je pourrais parler pendant des heures de la clique des "craducteurs", qui comprend deux sous-genres d'individus: ceux qui ne savent pas traduire, et les auteurs qui écrivent aussi mal que des mauvais traducteurs. Mais ce serait trop long. Je le ferai donc une autre fois. Et une autre fois encore, j'aborderai la différence fondamentale entre traducteurs et interprètes, différence que beaucoup de gens ne font pas, notamment dans l'administration française.

Je conclurai sur une métaphore, pessimiste ou optimiste selon votre façon de voir le verre à moitié plein ou vide: les traducteurs sont comme les artisans. Il y a les fignoleurs, les bidouilleurs, les tâcherons, les jean-foutre, les imitateurs, les subtils, les quelconques, les fidèles, les paumés, les emmerdeurs, les bravets, les mystiques.. Tous ont le pouvoir de gâcher le métier ou de le bonifier. Certains sont des découvreurs, d'autres n'inventeront jamais la poudre à faire fondre le beurre. Parfois, sous le vernis professionnel, se cache une âme d'artiste qui n'ose s'exprimer, étouffée sciemment ou non, par timidité ou pression sociale. Et peu à peu, avec l'avénement de l'assistance électronique, les traducteurs de chair et d'esprit seront voués à disparaître pour être remplacés par des logiciels. Il paraît que ceux-ci s'améliorent.. C'est possible. Il est même possible que la recherche du logiciel-traducteur idéal soit ce qui se rapproche le plus de la recherche d'une Intelligence Artificielle. Pourquoi pas?
Ce que je sais, moi, c'est que, quelle que soit la qualité d'une traduction effectuée par une machine, il lui manquera toujours ce qui manque à une molécule synthétique comparée à une molécule naturelle chimiquement identique: du goût.
Sans doute qu'un jour plus personne ne saura faire la différence. Mais aurons-nous encore besoin de traduction? Il est plus probable que, ce jour-là, tous les humains parleront la même "langue", un ragoût de tous les langages.
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1L'écrivain Jasper Fforde se mord peut-être les doigts d'avoir entamé une trilogie dont le titre est Shades of Grey; c'est une utopie dans un monde de daltoniens, and a bloody good book at that! Mais pas de panique; le torchon éponyme sera oublié bien vite, lui.

lundi 30 mai 2016

La figure du gisant, de la compagnie Pernette

"Tu sais désormais ce que ressent la pierre quand on la sculpte.. Tu sais aussi ce que ressentent les morts quand les vifs ont fini de les pleurer.. Tu sais enfin dans quelle alcôve se niche le sacré.."
C'est ce que m'ont murmuré hier soir les danseurs de Nathalie Pernette ; trois phrases que j'ai entendues parmi leur doux tumulte, au milieu d'autres phrases que leurs gorges revenues à la vie énonçaient sans paroles.
Si le gisant est la figure d'un mort que nous aimions, pourquoi devrait-elle nous hanter ? Je n'ai vu aucun fantôme au cours de ce spectacle. La preuve qu'il n'y en avait pas, c'est qu'à la fin, les enfants riaient de bon cœur, chose rarissime en danse contemporaine où le hiératisme l'emporte souvent sur le reste, faisant basculer les émotions dans un tragique oppressant et sans grâce.
Ici, rien de tel. La figure du gisant nous dit, à coups de caresses "essensuelles", que l'âme a bel et bien une forme (peu importe qu'on croit ou non à son existence, là n'est pas la question) ; elle a une forme et c'est tout l'objet de la danse de la révéler, de la faire résonner et entrer en nous, de donner l'occasion de la toucher avec toute notre peau, plutôt qu'avec les doigts, les yeux ou les tympans.

Il y avait cinq corps-et-âmes à l'abbaye ce soir-là : le Temps, la Musique, le Souffle, la Chair et la Pierre. Toutes respiraient ensemble, au fil des lieux, le long des passages, insufflant aux spectateurs la joie paisible d'un chœur enchanté à l'unisson. La compagnie Pernette n'oublie jamais qu'un public se compose et s'harmonise. C'est là, à la croisée de toutes les formes de "sæcret", que se retrouvent les humains épris d'art, où ils peuvent partager ce que leurs langues ne sauraient dire.
Alors que les applaudissements se dissipaient à regret sous les voûtes de l'abbatiale, je songeai au mot somptueux ; mais il vient de somme, dépense, et je ne voyais pas ce qu'il venait faire là. L'ample sobriété des costumes ne pouvait le justifier. J'ai compris ensuite qu'il signifiait seulement qu'il n'y avait rien à ajouter. La somme du spectacle était ronde comme une goutte de pluie.
Le temps d'une traversée d'abside et d'une station sous le porche, Nathalie Pernette a répondu à une question composée d'un seul mot, avec le sourire enluminé de l'artiste qui sort de son monde après l'onction du public, exaltée de cette exaltation qui justifie à elle seule la vie d'artiste et qui est la plus "scène" des drogues :
— Contact ?
Apaisement.. départ !
Pour elle et ses danseurs, entrer en contact avec leur public, c'est chercher le point de départ qui mènera la figure à prendre essor, à se rendre la vie, à revenir à elle.
Contrairement à une tragédie grecque ou hollywoodienne, la mort ne m'attendrait pas au tournant. Je n'avais plus qu'à partir en paix, voyageur éperdu..
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Images réalisées sans flash, avec l'aimable autorisation de la compagnie, à l'abbaye de Silvacane le samedi 28 mai 2016.

mardi 19 avril 2016

Tout va bien

Vous regardez actuellement un écran qui cache la réalité.

mercredi 9 mars 2016

La norme n'existe pas..

..alors comment fait-elle pour s'imposer à tous ?

Entre la fin de l'année 2014 et le début de l'année 2015, j'ai présenté sept dossiers de candidature à des résidences d'auteurs diverses. A ce jour, quatre m'ont été refusées ; une a été acceptée (mais elle ne prendra effet que lorsque tous les ouvrages concernés auront été publiés ; or, l'éditeur vient de me signaler que leur parution a été repoussée à novembre 2016) ; la sixième.. a daigné me répondre au bout d'un an et demi, pour m'informer qu'elle prendrait sa décision à la fin de l'année.. ce qu'elle n'a toujours pas fait. Enfin, la septième doit estimer que répondre est au-dessus de ses principes.

lundi 7 mars 2016

Les clichés littéraires vivent plus longtemps que les écrivains

 Voilà.. je viens d'apprendre par e-mail que mon éditeur Le Peuple de Mü a décidé -sans concerter les auteurs- de repousser la sortie des volumes 2 et +1 (l'application numérique) de la saga Les Vicariants à novembre 2016. Etant donné les retards habituels en la matière, cela signifie donc qu'ils ne sortiront certainement qu'au cours du premier trimestre 2017.

lundi 22 février 2016

Je n'en sais rien.. et pourtant, je ne suis pas Jon Snow.

J'ai donc enfin reçu mes 5 exemplaires du premier tome des Vicariants. Ils sont arrivés samedi 20 février, sans commentaire, dans un colissimo "édité" le 17.. c'est-à-dire: pas la semaine précédente, comme l'avait soutenu mon éditeur. Cela signifie-t-il que la Poste a "égaré" le premier colis? Ou que celui-ci n'est en fait pas parti à la date annoncée?
Je n'en sais rien.

mercredi 3 février 2016

Communiqué de compresse

Après la Sodis/Gallimard qui avait sabordé la sortie de mon roman Le Sang de Robespierre en juin 2014, sans rien faire ensuite pour réparer leurs bourdes lamentables et leur ineptie, nous (auteurs du Peuple de Mü) venons d'apprendre que la société SoBook a arnaqué notre éditeur (entre autres) et que nos livres n'ont jamais été réellement distribués et diffusés.

De gauche à droite: l'éditeur, le diffuseur, le libraire; à terre: l'auteur exsangue, flingué depuis longtemps. (Photo DR, extraite de Reservoir Dogs, Q. Tarantino, 1992)
Que dire? sinon merci à toi, merveilleux monde de l'édition industrielle. Merci, car je suis presque heureux de constater qu'à chaque minute, tu me donnes raison de te conspuer. Hélas, je n'ai pas les moyens de te détruire à petits feux comme tu le fais de ma vie et de celle des écrivains modestes de ce pays. Nous ne pouvons même pas espérer te maculer la face de tartes à la crème puisque tu n'as jamais le courage d'apparaître en public, laissant ce "privilège" aux artistes et aux éditeurs dont tu te repais. Comme tous les caïds, tu restes soigneusement dans l'ombre, drapé dans ta lâcheté, encaissant les bénéfices frauduleux que tu as récoltés sur le dos des rares gens honnêtes qui survivent encore par miracle dans ce milieu vénéneux. Tu n'as même assez d'esprit pour comprendre que tes actes minables ne peuvent conduire qu'à une seule conclusion: l'éradication de toute culture. Ce que tu voles aujourd'hui ne pourra pas nourrir les créateurs de demain, que tu ne pourras donc plus voler après-demain. C'est ainsi que tu te payes le douteux privilège de crever le dernier.

Mais puisqu'il est de bon ton de rester positif face aux revers de l'existence, je me console en me disant que si mes livres ne se sont pas vendus, c'est parce que, quelque part en France, une poignée de pauvres types n'a pas fait son boulot, ce qui implique que je n'y suis pour rien. Bien sûr, cela ne résout pas la question de savoir s'il existe ne serait-ce qu'un seul diffuseur / distributeur honnête dans ce pays.. ce dont je doute catégoriquement. Ni la question de savoir comment je peux espérer continuer à vivre décemment.

Si donc, vous lecteurs, souhaitez vous procurer les ouvrages du Peuple de Mü, vous n'avez d'autre choix que de passer par la plate-forme numérique de cet éditeur. C'est moins bien qu'une librairie, c'est vrai; mais c'est tout ce qui nous reste.

dimanche 24 janvier 2016

Les VICARIANTS Vol. 1

LES VICARIANTS vient de paraître
aux éditions Le peuple de Mü.
Michael Roch + Marc Vassart + Aléric de Gans + Benjamin Catel
et la participation amicale de Charlotte Tara

Volume 1
 *


Volume 2
et +1 (application pour tablettes)
à paraître en avril 2016

Date repoussée à octobre ou novembre par l'éditeur..